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le vocabulaire religieux

Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 16:18

par Jean-Claude Barbier


Le pacifisme considère que la guerre est toujours la pire des solutions et qu’il est toujours possible de régler les différends entre les puissances par la négociation ; c’est en quelque sorte, la paix à tout prix. Les accords de Munich en 1938 où Britanniques et Français acceptèrent le fait accompli des premières conquêtes d’Hitler illustrent le jusqu’au-boutisme d’une telle doctrine … laquelle finalement n’empêche pas la guerre mais la retarde. Alors que son point de départ : négocier d’abord, est tout à fait réaliste et peut éviter bien des drames, la suite relève d’une naïveté en politique qui a été dénoncée.

 

Pire, en prônant le désarmement unilatérale, elle expose la population sans défense aux hégémonies et impérialismes des voisins. Les Romains ne disaient-il pas : si tu veux la paix, prépare la guerre ! Le pacifisme prend donc le risque de l’occupation du territoire national sans défense par des forces étrangères avec des formes d’exploitation en général drastiques et un Gouvernement dépendant, sinon ouvertement collaborationniste.


Les socialistes du XIXème siècle voyaient dans le pacifisme à tout crin une sortie du capitalisme qui exacerbe les rivalités nationales ; en refusant la guerre, en prenant le pouvoir par la révolution en chaque pays, ils pensaient ainsi déminer les conflits – ceux-ci n'étaient-ils pas voulus par les dirigeants pour défendre leurs intérêts égoïstes et non point par les braves peuples qui, eux, comme on le sait, sont tout à fait paisibles et vaquent à leurs simples besoins.


Cette utopie socialiste, basée sur une critique du capitalisme et sur une prise de conscience de la classe ouvrière en chaque pays, a rejoint le pacifisme chrétien qui, lui, est basé sur le message de paix de l’Evangile. Lors des Réformes protestantes du XVIème siècle, les anabaptistes et les anti-trinitaires (dans une moindre mesure) relancèrent le devoir des chrétiens de ne pas faire la guerre, de s’abstenir des fonctions dans l’Armée, mais aussi dans la Justice car certains procès aboutissent à la mise à mort du condamnés, d’une façon plus générale dans la politique. Les nobles étaient invités à ne plus porter l’épée, sinon une épée en bois toute symbolique de leur rang. En échange du risque d’être tué, eux et leur famille, le paradis est assuré aux croyants ! Et puis, en arrière fond, l’idée que c’est Dieu qui fait l’histoire et non les hommes. Le messianisme juif puis chrétien s’est nourri de cette attente de l’irruption de Dieu dans notre histoire et de la restauration définitive de la Paix.


La non-violence prend le relais du pacifisme mais, à partir de l’action de Gandhi qui a conduit à l’indépendance de l’Inde, considère qu’une résistance est possible par la mobilisation du peuple : les prisons ne sont plus suffisantes, les grèves paralysent le pays, les meneurs deviennent des héros lorsqu’ils sont arrêtés, les actions répressives trouvent vite leurs limites. Toutefois, certains régimes n’hésitent pas à massacrer leurs peuples pour se maintenir ; et là c’est la non-violence qui trouvent ses limites. Elle trouve aussi ses limites en misant sur une volonté populaire unanime et sans faille, or - le cas de l’Inde est significatif qui vit la violence s’installer entre hindouistes, musulmans et sikhs - les peuples ne sont pas homogènes et les luttes pour le nouveau pouvoir s’engagent très vite …et avec une violence extrême.


En France, le courant non-violent est représenté par la revue trimestrielle Alternatives Non-Violentes ANV (lien) dont François Vaillant est le rédacteur en chef (lien) et le mouvement animé par Jean-Marie Muller Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN), lequel insiste sur la justice sociale comme base de la paix. Voir notre dossier sur la non-violence dans les Actualités unitariennes (lien) où le lecteur trouvera plusieurs textes de Jean-Marie Muller.


A partir des travaux de l’Américain Gene Sharp* dans sa thèse de doctorat « The Politics of Nonviolent Action: A Study in the Control of Political Power », soutenue en 1968 à l'Université d'Oxford, répercutés en France par Jean Marichez et l’Ecole de la paix à Grenoble *, s’est développée une non-violence rectifiée, non plus absolue, mais à géométrie variable selon les situations, pragmatique, centrée sur les méthodes de résistances civiles de masse et les stratégies permettant aux peuples opprimés ou agressés de s'en sortir, bref sur le « comment faire? ». Gene Sharp préfère utiliser l’adjectif « nonviolent » en un seul mot afin d’éviter toute connotation pacifiste. Aujourd'hui, on peut dire qu'une cinquantaine de mouvements révolutionnaires ont suivi les techniques étudiées par Gene Sharp, aux Philippines, dans les Pays Baltes, au Kosovo, en Ukraine, en Géorgie etc. et dernièrement en Egypte et en Tunisie. Ces techniques sont enseignées par le centre de formation pour l'action nonviolente CANVAS (Center for Applied NonViolent Action and Strategies), créé par les meneurs de la résistance à Milosevic à Belgrade, en Serbie.


* Jean Marichez a rencontré Gene Sharp à Boston en 1994 au Albert Einstein Institution, près de Harvard, lors d’un séjour.


* créée en 1998 à l’initiative de Richard Pétris, sous forme d’association loi 1901, l’Ecole de la Paix se consacre à la promotion d’une culture de la paix et du vivre ensemble ( lien). « L’École de la paix travaille à la promotion d’une culture de la paix et du vivre ensemble, dans nos quartiers jusqu’aux territoires les plus lointains. Elle conçoit des outils pédagogiques, développe des animations et des formations, assure des modules universitaires, organise des rencontres d’experts, des colloques, des expositions, et développe un réseau de partenaires en France et dans le monde. Son ambition est d’associer tous les acteurs de la société, y compris les entreprises, au développement humain, et d’impliquer les jeunes dans cette construction de l’avenir ».


jean_marichez.jpg

 

Jean Marichez a publié :


La guerre par actions civiles, avec Xavier Olagne, édité par l’ex Fondation pour les Études de Défense en 1998, diffusé par La Documentation Française, Paris.
Croyances Meurtrières, à L’Harmattan, Paris, 2011 (lien).


et a traduit en français 5 ouvrages de Gene Sharp :


La guerre civilisée, Presse Universitaires de Grenoble, 1995
La Force sans la violence, L’Harmattan, Paris, 2009
De la dictature à la démocratie, L’Harmattan, Paris, 2009
L’anti-coup d’Etat, L’Harmattan, Paris, 2009
Mener la lutte nonviolente, en cours d’édition


Est-ce un reste de pacifisme ? La non-violence s’abstient pudiquement de soutenir des interventions armées qui sont programmées sous l’égide des Nations-Unies, comme par exemple l’interposition d’une force militaire entre les parties en conflit (avec droit de riposte en cas de défense), l’ingérence pour arrêter les massacres perpétrés par un régime contre sa population, etc. Ce sont pourtant des forces de Paix, un peu comme une police à l’échelle internationale dans le cadre d’un nouvel ordre mondial qui se met peu à peu (et non sans difficulté) en place et qui ont précisément comme objectif la fin des conflits.

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 19:18

note explicative de Christian Collas, membre du groupe d'information et de discussion "Unitariens francophones" sur Facebook.


La théologie négative ou apophatique (du grec apophasis : négation) est une approche qui consiste à insister plus sur ce que Dieu n’est pas que sur ce que Dieu est. Cette théologie peut sembler paradoxale puisque Dieu dit de lui-même  : « Je suis celui qui est ».  Elle a une histoire et une pratique, principalement avec le Pseudo Denys l'Aréopagite (VIème siècke), Maître Eckart (XIIIème siècle), Vladimir Lossky (XX ème siècle) dans son ouvrage « Essai sur la Théologie Mystique de l’Eglise d’Orient », sans compter tous les anonymes dont l’auteur inconnu du Cloud of the Unknowing / Nuage de l’Inconnaissance (XIVème siècle) - lequel est très influencé par le Pseudo Denys.

 
L'apophatisme est une démarche intellectuelle par laquelle toute idée que l'on se fait de la divinité se voit démasquée dans son inadéquation à délimiter ce qui est par principe sans limite. Par exemple, l’affirmation : « Dieu existe », ne peut se concevoir en théologie négative. Pas plus que : « Dieu est miséricordieux ». L’expression de la transcendance s’exprime uniquement par des propositions négatives et par un recours à l’abstraction, et ultimement par le silence car même une proposition d'apparence négative est une affirmation concernant l'indicible sur lequel rien ne peut être affirmé. Dire que « Dieu n'est pas miséricordieux » est, in fine, une affirmation toute aussi positive que d'affirmer que « Dieu est miséricordieux », puisque Dieu n'est ni miséricordieux, ni ne l'est pas (voir la présentation de cette théologie dans l'encyclopédie Wikipedia,  lien). 

theologie_negative.jpg Si l'apophatisme peut se mener à un niveau très abstrait de réflexion, elle vise finalement l'expérience sensible, à force de ne pouvoir délimiter et cerner Dieu ; ce qui arrive après épuisement de toutes les questions. Elle valorise ainsi la méditation et le mysticisme. On retrouve ces mêmes influences dans le soufisme. L'Extrême-orient a développé à sa façon, et ce bien avant l'Occident, une théologie apophatique qui s'exprime dans le bouddhisme, le taôisme, l'hindouisme et bien d'autres traditions.
 

 

Le Protestantisme a manifesté de la méfiance vis-à-vis de ces pratiques mystiques avant que des groupes quakers, luthériens, anglicans, méthodistes et pentecôtistes ne les redécouvrent. 

Par Christian Collas - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 08:02

message du jeudi 7 octobre 2010 de Jean-Claude Barbier au groupe « Croissance spirituelle » ( lien)
 
Les familles spirituelles, que ce soient les gnoses, les voies soufies, les ordres monastiques chrétiens et leurs branches laïques, etc., nous ont transmis des spiritualités optionnelles au sein d'un champ religieux bénéficiant d’aumôniers, de directeurs de conscience, de maîtres, de gourous, etc. Je dirais que ce sont des spiritualités encadrées.

Mais déjà dans les années 1830, avec le transcendantalisme du philosophe et poète américain Ralph Waldo Emerson (ministre unitarien jusqu’en 1833) (lien), l’individu est invité à cheminer librement, en toute souveraineté. Il y a bien sûr du rousseauisme dans cette confiance en l’Homme : celui-ci est bon, ou du moins capable de discerner le Bien du Mal ; la contemplation de la Nature et – aussi – son intuition le mette en contact avec la Vie (ce que les théistes appellent la Création) ; avec sa raison et son intelligence, il est capable de progresser et de s’élever en connaissances mais aussi moralement. C’est en soi et non plus dans une tradition héritée qu’il faut puiser les forces car tout héritage peut s’avérer être un enfermement (Ralph Waldo Emerson fut l’ami de Friedrich Wilhem Nietzsche dont on connaît le combat contre l'idéologie chrétienne).

Et puis, la génération hippie, avec son exotisme et le New-âge, a valorisé une spiritualité à la carte, où chacun puise dans des champs religieux différents des références, des méthodes, des croyances, les gurus qui lui convient. C’est le relativisme tout azimut, liée à une sociabilité de groupes informels et éphémères aux contours flous. Une joyeuse brocante où chacun communique avec ses propres choix et ses différences. Une dynamique tout à fait libre et personnelle, non encadrée et non dirigée par une seule tradition. Les sites "Spiritualités sans frontière" (lien) ou encore "Convergence spirituelle" (lien) me semblent bien illustrer cette dynamique qui puise à l'interreligieux et au meilleur.

 

Spiritualites-sans-frontieres.jpg interfaith_logo-arc-en-ciel.jpg

 

Il est d’ailleurs significatif que ces deux sites, sans adhérer explicitement à l’unitarisme-universalisme, en reprennent les symboles dans leur bandeau d'entête. Leur non adhésion étant ici logique au regard d’une liberté individuelle particulièrement sourcilleuse de n’être incluse sous aucune étiquette, fusse-elle celle d’un courant qui a pu, à un moment ou à un autre, les inspirer. Paradoxe où l’unitarisme-universalisme, en définitive, est victime de son propre succès, la liberté religieuse affirmant la relation spirituelle à autrui – et dans ce cas l’altruisme – mais aboutissant toutefois au refus de faire communauté religieuse car celle-ci, quelqu'elle soit, est perçue comme une emprise !

Entre les deux, il y a ce qu'on pourrait appeler des spiritualités concertées où les personnes échangent entre elles, se concertent, dialoguent ; ce qui permet à chacun de se rectifier si besoin est, de revoir ses aspérités, d'avancer en s'enrichissant des apports et du regard d'autrui.

 

Les loges maçonniques, bien que dotées d'une hiérarchie, pratiquent depuis longtemps une telle concertation ; la hiérarchie y est en effet garante d'une moralité et d'une méthode et non pas pour imposer des croyances ou une idéologie précise ; elle propose un cadre pour un cheminement libre en compagnie de frères et de soeurs. Chacun y progresse avec les autres et par les autres, en toute fraternité. Les unitariens, pour leur part, pratiquent l'accompagnement spirituel et non pas la direction des consciences (par exemple pour l'accompagnement des couples,  lien). Ils encouragent à l'expression libre lors de leurs cultes (lien). 

 

Cela rejoint un peu la nécessité de la communauté chrétienne aux yeux des protestants qui partent de la lecture personnelle de la Bible, de la liberté de compréhension et d’interprétation en son âme et conscience, mais recommandent toutefois de faire cela en communauté ecclésiale - ce qui a abouti d’ailleurs, vite fait bien fait, à une confiscation de cette liberté pourtant proclamée ; ceci jusqu’à l’apparition du protestantisme libéral au XIXème siècle *
* les protestants libéraux rejoignent ainsi les unitariens (depuis 1568) et les Non-subscribings irlandais (à partir de 1725) (lien) qui furent les seuls à maintenir jusqu’au bout cette logique de la liberté de penser.


Les groupes de "Croissance spirituelle" - initiative des unitariens-universalistes américains - se situeraient plutôt dans le troisième type, celui des spiritualités concertées, bien que, en leur sein, la critique n’y soit pas de mise ( lien).
 
Bonne spiritualité de votre choix. Jean-Claude Barbier

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 19:18

Alors que Jean-Baptiste et Jésus-Christ n’ont jamais demandé à leurs compatriotes de changer de religion puisqu’ils s’adressaient à leurs coréligionnaires Juifs, mais tout simplement de changer de mœurs et de pratique, de ne plus pécher, de se converrtir de coeur et d'esprit, le terme de conversion devint, avec la fin du judéo-christianisme, synonyme d’adhésion à la nouvelle religion qu’était le christianisme de la part de « païens », puis plus tard, pour d’autres peuples également monothéistes, par exemple juifs ou musulmans.

Dès l’origine le baptême est la marque d’un changement intérieur, d’un reniement au passé ; il deviendra de plus en plus le signe d’un changement d’identité avec l’adoption d’un prénom chrétien.

Au sein de sa nouvelle communauté, la promotion du baptisé, après un temps de formation - le catéchuménat - peut être très rapide puisque tous y sont frères et sœurs et que les origines nationales sont abolies. Il y a d’emblée assimilation résultant de l’abolition des identités antérieures. Il n'y a plus ni Juifs, ni Grecs, ni païens dira Paul. L’islam et bien d’autres religions fonctionnent ainsi sur ce même modèle universel après un rituel d’entrée.

Dans la pratique, bien entendu, le nouveau converti, en quelque sorte l' "étranger", est suivi avec attention par les autochtones (censés être les descendants des premiers occupants des lieux habités, du moins ceux dont on connaît l’histoire), par les vieilles familles (les souches lignagères qui peuvent compter leurs aïeuls sur place), par les dignitaires et la hiérarchie, si ce n’est les autorités politiques.

NDLR - Dans la société civile, on notera les progrès suivants : l’insertion (qui consiste en une adaptation aux règles de vie et aux mœurs de la société d’accueil), l’intégration (qui implique l’adoption des valeurs et une solidarité active) et enfin l’assimilation (où toute trace d’identité antérieure concurrente est gommée).

Lors des conversions forcées, la surveillance est accrue et les individus identifiés selon des statuts bien précis.

 

En Espagne par exemple les chrétiens (« Cristianos ») furent « Mozarabes » lorsqu’ils vivaient en territoire arabe, « Elches » lorsqu’ils se convertissaient à l’islam (d’un mot arabe signifiant « renégat »).

Les musulmans ("Moros" , c’est à dire les Maures) furent des « Moriscos » (Morisques, littéralement « petits Maures ») lorsqu’ils durent se convertir après les édits de 1502 *, « Mudéjares » lorsqu’ils vivaient en territoire chrétien et autorisés à vivre leur propre religion, moyennant tribut, « Marranos » = Marranes, si, convertis au christianisme, ils étaient soupçonnés de continuer à pratiquer leur propre religion.

Les juifs (« Judios ») sont « Conversos » lorsqu’ils sont convertis au christianisme (ils y sont obligés depuis la fin du XIIème siècle), et eux aussi soupçonnés d’être « Marranos » lorsqu’ils continuent à pratiquer clandestinement leur religion.
* après la proclamation en 1525, par Charles Quint, de l’unité religieuse de son royaume d’Espagne, la pression sur les musulmans de Grenade sera de plus en plus forte jusqu’à la révolte dite des Morisques en 1570-1571.


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Illustration. "La Expulsión de los Moriscos" par Vicente Carducho. Museo del Prado, Madrid. Les Morisques sont expulsés de Valence par décret du 22 septembre 1609 et débarquent au port d’Oran. Pour plus amples informations sur le sort des Morisques, voir entre autres l’article dans Wikipedia ( lien)

 Si le fidèle ne se comporte pas selon les pratiques en vigueur, il sera admonesté, sinon exclu (l’excommunication chez les chrétiens). S’il n’adhère pas à toutes les croyances et, pire, s’il en professe de différentes ou de nouvelles, il courra le risque d’être taxé d’« hérétique ». S’il change de confession ou de religion, il sera un « apostat » (qui abandonne, qui renie sa foi), on dit aussi un « renégat » (mais ce terme déborde le seul domaine religieux).

La démocratie et la laïcité permettent une libre circulation des personnes entre les confessions et religions, chacun pouvant adhérer à la communauté de son choix et en changer sans que cela fasse drame dans sa famille, dans son entourage et parmi ses relations.

 

Il peut donc y avoir des itinéraires religieux et spirituels qui ne sont pas forcément des ruptures par rapport aux étapes précédentes, mais des cheminements, voire même des recherches. Il n'y a plus d'avant et d'après, des "conversions", mais des choix successifs qui peuvent être vécus comme autant de progressions.

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 17:56

Pour décrire des diverses emprises religieuses sur la société civile, on constate que notre vocabulaire est à géométrie variable selon les religions.


Pour les Juifs particulièrement ritualistes et rigoristes, on parlera volontiers de Juifs « orthodoxes » par opposition aux Juifs libéraux qui, eux, font preuve de plus de souplesse. On réservera le qualificatif d’ultra-orthodoxes pour des Juifs qui imposent leur communautarisme aux quartiers et aux villes où ils sont nombreux, par exemple en faisant pression sur les commerçants pour qu’ils baissent leur rideau au début du sabbat, et qui rêvent d’un Grand Israël.


Pour les musulmans, on précisera « islamistes » pour ceux qui, en plus d’être dévots, de valoriser leur religion par le prosélytisme (les « islamiques ») veulent en faire plus et dominer la société civile par la force si nécessaire – ce qui correspond sur le plan politique à la différence entre le patriotisme et le nationalisme, le suffixe « isme » indiquant ici un excès. Les djihadistes ne se contentent pas d’une pieuse mobilisation par la prière (le djihad spirituel), mais cautionnent volontiers la guerre sainte et le terrorisme.


Les hindous seront dits « extrémistes » lorsqu’ils provoqueront des heurts avec des milieux musulmans ou chrétiens, refusant tout dialogue inter-religieux.


Les protestants sont dits « austères », « puritains », lorsqu’ils appliquent une morale rigoriste. On les dira « fondamentalistes » lorsqu’ils voudront étendre ces prescriptions à l’ensemble d’une société ; les chrétiens évangéliques américains sont par exemple souvent visés ainsi, à la fois pour leur ultra conservatisme et leur activisme politique. Mais le fondamentalisme est un retour aux textes fondateurs et n’implique pas un intégrisme proprement dit. Les témoins de Jéhovah sont fondamentalistes mais sont apolitiques et ne cherchent pas à imposer leurs règles de vie aux autres. Les Amish sont très traditionalistes puisqu’ils se réfèrent au mode de vie rurale des milieux suisse, alsaciens et allemands du 17ème siècle ! mais ils vivent cet idéal au sein d’isolats communautaires sans gêner autrui.


Chez les catholiques le qualificatif de fondamentaliste est également ambiguë car il désigne bien souvent des traditionalistes qui veulent la messe ancienne et le latin, sans pour autant remonter jusqu’au christianisme des origines.


Pour tous ces croyants entiers et carrés dans leur foi, le passage à la politique est fréquent, mais non automatique. Nous proposons d’appeler par intégrisme ce passage au politique en tant que groupe ou mouvance religieuse.


Définition de l’intégrisme par Christian Godin (Dictionnaire de philosophie, 2004, éd. Fayard / Edition du Temps, p. 670) : « Doctrine réactionnaire, radicalement anti-moderniste, en matière de politique religieuse. Né au sein du catholicisme * l’intégrisme ne se contente pas, comme le fondamentalisme protestant, de vouloir un retour à la pureté des textes d’origine. Il vise l’instauration de l’ordre religieux dans les affaires de l’Etat. Le terme a été appliqué à certaines tendances de l’islam, du judaïsme et de l’hindouisme ».


Le Larousse illustrée 2000 : « Attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom d’un respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ». Intégriste : « qui fait preuve d’intransigeance, d’un purisme excessif ».


L’origine de ce terme est espagnol ainsi que le rappelle Emile Poulat, historien et sociologue des religions : « Le terme est attesté pour la première fois en Espagne, à la fin 19e siècle : on désigne sous cet adjectif une branche minoritaire des carlistes, les partisans de l’infant Charles. Vers 1880, un certain Ramon Nocedal se détache de cette mouvance pour mener une politique qu’il veut déduite du Syllabus, le grand résumé des erreurs libérales promulgué par Pie IX en 1864 » (« Intégrisme : un terme qui vient de loin », sur le site Croire.com, lien).

Par Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 11:09

Les Eglises « exclusives » conditionnent la participation de leurs fidèles à plusieurs préalables que ce soit des sacrements, à commencer par le baptême, à un credo, à une déclaration de foi pour les ministres du culte, à des prescriptions morales et autres, etc. Sur ces critères, on peut être « excommunié » en cas de défaillance, déclaré hérétique, mis à l’index, etc.

Par contraste, on a au contraire des Eglises « inclusives » qui, elles, ouvrent les portes et les fenêtres. Les « non-subscribing » en Irlande et en Ulster ont, historiquement, rejeté la profession de foi qui était exigée des pasteurs par l’Eglise anglicane ( lien). D’une façon générale, le protestantisme libéral resitue les credo comme expression de la foi communautaire à un moment donné dans un contexte donné, mais n’en fait plus un absolu.


Les congrégations unitariennes-universalistes, qui se sont constituées aux Etats-Unis au XXème siècle, à partir d’un christianisme d’ouverture, offrent un bon exemple d’inclusivité en pratiquant le multi-faith, l’acceptation de toutes les fois (que celles-ci soit religieuses, liées à une spiritualité ou encore de nature philosophique) (lien). L’Eglise unitarienne francophone (fondée en 2008) fonctionne aussi d’une façon inclusive ( lien), mais tout en maintenant les identités.


Entre ces deux modèles, nous avons des communautés identitaires de type démocratique, vivant selon leur propre conviction, mais sans rejeter ni critiquer les autres identités, cohabitant avec elles, voire – mieux -travaillant avec elles sur des chantiers communs. Par exemple, l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) est à la fois identitaire - car elle regroupe des croyants en Dieu et fait référence à la personne et à l’enseignement de Jésus - tout en étant disposée à œuvrer avec les autres religions libérales.


Il y a aussi les Eglises latitudinaires qui sont ouvertes à plusieurs théologies

Larousse.jpgPour le Littré de 1880, ce mot est synonyme de laxisme !
LATITUDINAIRE (s. m.)
1. Terme de théologie. Celui qui se donne trop de liberté dans les principes de religion, ou qui en parle trop librement. Des principes latitudinaires.
2. Membre d'une petite secte [sic !] qui croyait que tous les hommes seront sauvés ; on disait aussi universaliste (XVIe et XVIIe siècles).
Comme synonymes : une morale permissive, relâchée. Le dictionnaire analogique aligne ce mot avec d’autres qui ne sont pas à son avantage ; c’est le moins qu’on puisse dire ! Jugez par vous mêmes : qui est sans morale, immoral, amoral, cynique, sans scrupules, misanthropique, laxiste, sans foi ni loi, indifférent, grave, (sic !)
C’est un vieux terme précisent les dictionnaires.
  

Kant (1724-1804) reprend ce laxisme supposé des latitudinaires et, contre sens total ou théologie bornée de sa part, en fait un synonyme du syncrétisme ! En effet, il appelle latitudinaire « celui qui, par indifférence au syncrétisme, applique à l’homme des déterminations opposées et conclut à un point de vue indifférentisme en matière historique » (Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, éd. Fayard / éditions du Temps, 2004, p. 720).


En fait, le mot provient de « latitude », du terme latin « latitudo » qui indique la largeur. Il s’agit donc d’une théologie ouverte qui accepte un faisceau de doctrines proches les unes des autres, mais quand même pas contradictoires ! Les universalistes, au XVIIIème siècle, en Angleterre puis aux Etats-Unis, professaient que tous les hommes étaient promis au salut, nonobstant leur péchés, dès lors qu’ils gardent la foi et recherchent la vérité – le salut était universel et pour tous. Ils rejoignaient ainsi les unitariens et furent rejoints ensuite par les libéraux. Les puritains, par contre, maintenaient l’enfer comme lieu de punition !


L’Eglise réformée de France (ERF) offre un bon exemple d’Eglise latitudinaire en acceptant en son sein des pasteurs luthériens, baptistes, unitariens*, etc. , en plus bien entendu des pasteurs calvinistes / réformés.
* l’Américaine unitarienne, Lucienne Kirk, exerça comme pasteur dans les Cévennes de 1987 à 1990 ; elle était alors présidente d’honneur de l’Association unitarienne française (AUF) qui venait d’être fondée en 1986. Plusieurs pasteurs de l’ERF, protestants libéraux, ont des convictions unitariennes et ne s’en cachent pas.


On pourrait tout aussi bien parler de christianisme ouvert.

En fait, dans les sociétés modernes et démocratiques ou l’individuation peut se développer librement, même les communautés paroissiales des Eglises exclusives regroupent des fidèles dont les croyances personnelles sont des plus diverses et parfois contradictoires. En se proclamant « inclusives » les assemblées unitariennes-universalistes font d’abord preuve de réalisme !

 

Il leur reste à fonder leur cohésion sur autre chose que l’affirmation de croyances communes, comme par exemple une éthique du dialogue, des échanges, des mises en commun. L’écoute mutuelle entre les fidèles, le partage des convictions et des vies personnelles, les gestes fraternels de communion soudent la communauté tout autant sinon plus que les discours et prières de type communautaires (et communautaristes !).

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Dimanche 30 mai 2010 7 30 /05 /Mai /2010 17:56

Il faut imaginer nos appartenances, religieuses entre autres, comme des poupées gigogne qui s’emboîtent ou encore comme des cercles concentriques de plus en plus larges.

 

Le premier cercle est celui des militants actifs au niveau institutionnel, clercs ou laïcs, qui animent les associations, mouvements, communautés locales ou Eglises : participation à un bureau ou à une équipe, organisation de rencontres, de conférences débats, d’un forum, tenue d’un blog ou d’un site, etc.

 

Tout autour, dans un second cercle tout ceux qui participent régulièrement aux activités, qui sont intéressés de recevoir des informations, d’être tenus au courant ; ce sont en quelque sorte des pratiquants réguliers.

 

Un troisième cercle est composé de sympathisants qui peuvent avoir d’autres appartenances par ailleurs, pour qui ce n’est pas forcément une appartenance première, centrale, mais qui peuvent participer occasionnellement. Nombre de ces sympathisants partagent les idées, les valeurs, mais n’ont pas le temps de participer plus activement ; ils sont néanmoins heureux de se rattacher même de façon lointaine à une mouvance qui leur semble sympathique, positive. Pour certains c’est même un soulagement de savoir qu’ils ne sont pas les seuls à penser ceci ou cela et cette référence suffit à leur bonheur, à les sortir de leur solitude sinon de leur culpabilité d’hérétique.

fraternite.jpg La mouvance est d’abord une famille idéologique où les gens partagent des idées et des valeurs. Elle suppose des points communs, des références fondatrices d’un accord. Cela peut être une profession de foi, des textes fondateurs, un manifeste, le positionnement dans une même histoire, le vécu dans une même culture. Elle suppose que des échanges aient lieu, qu’une communication soit possible, qu’un travail en commun puisse se faire, qu’une entente existe.

Elle peut être interne à une Eglise, par exemple une mouvance libérale au sein d’une Eglise conservatrice, où une aile réformatrice sinon contestataire, dissidente. Elle peut aussi être transversale à plusieurs communautés : croyants libéraux de toute Eglise ou communautés, unissez-vous ! Elle a vocation à s’internationaliser.

La mouvance en tout cas ne supporte pas les animosités, les polémiques violentes, les exclusions. Elle peut fédérer des groupes et mouvements divers à condition que ceux-ci soient en osmose – ce qui n’est pas le cas pour toute fédération. En conséquence, la gestion d’une mouvance suppose une attention aux uns et aux autres, la négociation et la réalisation de synthèses, la circulation de textes et d’une littérature sélective, la prudence pour éviter les fractures, mais aussi l’affirmation d’une identité commune, d’un créneau bien précis, de lieux de ralliement, en tout cas d’une visibilité.

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 03:57

En Nouvelle Angleterre, dans le contexte de déchristianisation du XXème siècle, des Eglises universalistes ont fusionné avec d'autres Eglises protestantes : congrégationnalistes, baptistes du Nord, méthodistes ou, dans un cas, avec une assemblée quaker. Ces Eglises forment alors localement une "paroisse unie" ou une "Eglise locale fédérée" lesquelles adhèrent à plusieurs dénominations.

 

oecumenisme_churches-uniting-in-christ.gif

 

Le phénomène se rencontre au sein de nombreuses dénominations protestantes historiques. Le compte a été fait dans un article de UU world, le magazine de l'Unitarian Universalist Association (UUA) of Congregations, 26 congrégations adhèrent ainsi à plusieurs dénominations. Pour 25 d'entre elles qui sont en Nouvelle-Angleterre ou dans l'Illinois, d'orientation chrétienne, souvent d'anciennes Eglises universalistes, elles ont deux ou plusieurs affiliations (généralement avec l'Eglise unie du Christ -UCC - qui réunit les congrégationnalistes).

 

Les membres des Eglises locales fédérées continuent d'adhérer à leur dénomination d'origine. Sur le site de l'UUA, le compte reste précis ; par exemple pour l' Eglise unie de Winchester (dans le New Hampshire), sur les 119 membres, 6 d'entre eux se déclarent unitariens-universalistes. 

 

Pascal Acker, message au groupe Yahoo des Unitariens francophones le 12 mai 2010

 

ndlr - l'oecuménisme américain est important au sein des Eglises protestantes comme en témoigne le mouvement "Churches Uniting in Christ"

Par Pascal Acker - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 03:14

Je me suis intéressé aux écomusées étasuniens et j'ai découvert, sur le Net, Old Sturbridge, un village en Nouvelle Angleterre. Il rassemble des édifices des années 1790 à 1840, une période qui a vu s'épanouir les dénominations en Nouvelle-Angleterre après la séparation des Eglises et des Etats.

 

Meeting-house-old_sturbridge.jpgL'écomusée dispose d'une "meeting house" (maison de réunion) baptiste du nord et d'une "meeting house" quaker. Je pensais ce terme de "meeting house" réservé aux seuls quakers, mais le site explique que les Néo-Anglais appelaient souvent les lieux de culte de cette façon le terme church" (Eglise) étant utilisé pour désigner la communauté ecclésiale. En français, on écrit "église" avec une minuscule pour le bâtiment et "Eglise" avec une majuscule pour la communauté.

 

reconstitution d'une "metting house" à Old Sturbridge

 

Comme les fidèles d'autres dénominations protestantes de cette époque, des unitariens et des universalistes appelaient leurs lieux de cultes "meeting houses". Cet usage semble exister aussi en Grande-Bretagne.

 

A l'instar des quakers de la "Société religieuse des amis" ou des humanistes religieux des "sociétés éthiques", des unitariens-universalistes appellent simplement leurs congrégations "sociétés". Dans le cadre de l'unitarisme-universalisme, une nouvelle religion libérale qui n'est pas spécifiquement chrétienne, le terme Church est largement conservé, mais il arrive souvent que des fidèles appellent leurs congrégations "sociétés", leurs lieux de réunion "meeting houses" et n'utilisent pas ou plus le terme "Eglise".

 

Pascal Acker, message au groupe Yahoo des Unitariens francophones, le 12 mai 2010

Par Pascal Acker - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 17:41

Ils relèvent des logiques sectaires (lien), mais en plus :


Ce sont des mouvements profondément réactionnaires,
politico-religieux de maintien d’une domination par une minorité ou prise de pouvoir par la force,
capables de financer des mouvements armés ou même d’avoir une organisation paramilitaire,
mobilisés sur des ennemis (réels, fantasmés, imaginaires),
et exprimant une haine des personnes (et pas seulement une lutte contre les idées).
Ils couvre systématiquement les passages à l’acte qui se font dans leurs rangs,
s’aménagent des vitrines légales et menant leurs activités par en dessous ou en toute clandestinité,

d’où une continuité entre une aile dite « modérée » par certains observateurs et une aile « activiste » versant sans état d’âme dans l'intimidation et parfois dans le terrorisme.

 

Exemples : mouvements islamistes djihadistes, sionistes ultra-orthodoxes, intégristes catholiques comme Dies Irae à Bordeaux (1), groupes racistes aux Etats-Unis brandissant la Bible, etc.

(1) groupuscule lié aux catholiques traditionalistes de la paroisse Saint-Eloi à Bordeaux et révélé par l'émission "les infiltrés" de France 2, fin avril 2010. Le fondateur en est Fabrice Sorlin, membre du Front national et que son parti présenta à des élections législatives.

Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : le vocabulaire religieux - Communauté : Religions en toute liberté
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