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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 07:42

Il faut distinguer le dessin humoristique de la caricature satirique. Le premier fait sourire tout le monde, y compris ceux qui adhèrent à l’idée ou au fait représenté. Par contre la seconde fait grincer des dents à ceux-ci car elle dénonce un abus, un excès, un courant idéologique, etc. Elle encourage les uns et bloque les autres ! Son effet dépend de sa réception. C'est donc ambivalent ; comme pour toute arme. La caricature satirique est un acte militant ; elle cible et se veut féroce.


Elle est apparue en Europe avec la critique des monarchies, au temps des pamphlets et des chansons de rue pour ridiculiser les puissants ; elle a l’accent populaire et est volontairement « grossière », provocante. Elle est comprise dans un contexte culturel révolutionnaire, du moins de révolte. Les réactions musulmanes aux caricatures de leur prophète parues dans Charlie-Hebdo montrent bien le malentendu. « Il y a aussi la nécessité d'apprendre à lire les codes de la caricature. Dans La Vie de cette semaine un lecteur écrit : qu'il préfère « la colombe de Picasso au turban de Charlie ». C'est une grave confusion entre modes d'expression. Pour ma part je pense que ce dessinateur danois qui a représenté Mohammed avec une grenade dans son turban ne signifiait pas que telle était la doctrine effective de l'islam (Tuez tous les infidèles) mais dénonçait la pratique trop répandue du terrorisme appuyé sur la façon dont les djihadistes eux mêmes se représentent le Prophète. Malheureusement trop de musulmans n'ont pas su ni pu décoder ce message... » (Jean Riedinger - compte-rendu de la  réunion de l'Observatoire chrétien de la laïcité / OCL tenue à Paris le 16 janvier 2015).

Les réformateurs anti-trinitaires du XVIème siècle protestant l’ont utilisé en représentant la Trinité comme une hydre à trois têtes. Plus près de nous, les caricatures de Charlie-Hebdo parues lors de la prise de position de certains évêques français contre « le mariage pour tous » : l’occasion était bonne en effet pour des rationalistes de représenter ce dogme comme une copulation homosexuelle à trois ! Ames sensibles s’abstenir car la caricature est un genre excessif …Dans la tradition de l’anti-trinitarisme, qu’il convient de ne pas oublier même si les relations entre confessions chrétiennes se sont largement apaisées grâce à l’instauration de la laïcité, nous publions ces caricatures.

dessin-elvine-trinite_article_large.jpg

Un exemple de dessin humoristique (d'ailleurs paru dans un journal catholique "Famille chrétienne")

 

charlie hebdo trinitesainte_trinite_dit_merde.jpg

Ici, des caricatures volontairement "hard" !

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 15:53

note de Jean-Claude Barbier, sociologue, publié sur le site de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) à la rubrique « le vocabulaire religieux » le 1er janvier 2015. « La mystique chrétienne : les états de communication physique avec Jésus, Marie ou Dieu » au séminaire de formation organisé par la Congrégation unitarienne du Rwanda du 15 au 21 décembre 2014 à Kigali. « Les apparitions post-mortem de Jésus dans les évangiles », groupe d’échange sur les religions du Réseau d’échanges réciproques de savoirs (RERS) de Gradignan Malartic, séance du 19 janvier 2015.
NbHnPMMsSoJOgdlG237S7VmBwsY.jpgLes apparitions post-mortem de Jésus ont longtemps été considérées comme des preuves de la résurrection de Jésus. Paul de Tarse ne nous dit-il pas qu’il y eut plus de 500 disciples à voir ces apparitions (1 Col 15, 5-8) ? Lui même n’affirme-t-il pas avoir vu Jésus sur le chemin de Damas ? De nos jours, nous établissons mieux la distinction entre ce qui est objectif, pouvant être vu par tout le monde, indépendamment de sa culture et de ses croyances et le vécu subjectif, certes respectable, mais n’allant pas au delà de la personne concernée.
En fait, le constat fait par les disciples n’est pas celui d’une résurrection avec sortie du tombeau, mais plus simplement celui d’une absence du cadavre dans le tombeau qui avait été prêté par Joseph d’Arimathie non loin du Golgotha et où il avait été déposé la veille du sabbat, le samedi soir avant 18h. Après le sabbat, le dimanche matin, les femmes se rendent au tombeau pour y pratiquer les soins funéraires et ne le trouvent pas. C’est donc par déduction purement intellectuelle que les disciples vont être persuadés (comme on dit à tort ou à raison !) que le cadavre n’est plus là car ayant été « enlevé au ciel » par Dieu conformément aux écritures messianiques. C’est cette forte conviction qui va lancer l’épopée chrétienne, donc sur une certitude totalement subjective (lien).
Dans la littérature biblique, les apparitions s’ajoutent aux rêves, aux songes et aux visions, celles-ci relevant d’une production onirique ou encore hallucinatoire qui a besoin d’une interprétation. Dans le cas d’une apparition, on est « comme dans le réel » et en présence ressentie d’une personne perçue comme vivante, qui se meut, parle et répond aux questions. D’ailleurs, les récits évangéliques afin de mieux convaincre les incrédules insistent lourdement : Jésus parle, mange, montre ses plaies à Thomas, fait d’ultimes révélations. L’apparition s’impose d’elle-même ; elle n’a pas besoin d’être expliquée. Par ses effets physiques, elle renforce la conviction ; elle fait désormais partie des certitudes.
Les apparitions sont contagieuses dès lors qu’elles se font au sein d’une communauté et la valident. Chacun ne veut pas être en reste et ressent lui aussi les mêmes symptômes. C’est une transe collective qui saisit les disciples lors de la Pentecôte. Une fois l’assemblée rassurée sur le bien fondé de sa nouvelle foi, les apparitions s’estompent, ne sont plus que des effets isolés et limités aux visionnaires et prophètes agrées (cas par exemple de l’Eglise du christianisme céleste née dans les années 40 au Bénin) ou des cas purement individuels. Jésus remonte définitivement au Ciel lors d’une ascension que seul Luc raconte (Lc 24, 50-53 et Ac 1, 9-12).
La contagion peut se faire au sein d’un groupe d’enfants comme par exemple pour les apparitions mariales à Fatima au Portugal (3 jeunes bergers en 1917, lien) et à Medjugorje en Bosnie-Herzégovine (un groupe de 6 voyants en 1981, lien), étant entendu que cela prête le flanc à une suspicion d’affabulation.
Lorsque l’apparition concerne une seule personne pour lui délivrer un message personnel, la tradition chrétienne parle d’annonciation. C’est Luc qui en parle le premier (annonciation de l’ange Gabriel à Zacharie Lc 1, 5-25, puis à Marie Lc 1, 26-38) et le Matthieu grec embraie avec une annonciation à Joseph, Mt 1, 18-20, sans doute parce que les milieux juifs ne comprenaient pas pourquoi ce dernier n’avait pas répudié sa fiancée enceinte par les soins d’autrui (la version du Saint-Esprit géniteur ne les ayant pas convaincus !).
L’islam embraye avec le Coran révélé à Muhammad par l’ange Djibril (= Gabriel qui reprend du service !), d’où une exégèse qui présente le Livre descendu du Ciel et écrit de tout temps en arabe !
En développant le culte marial, les Eglises catholique et orthodoxes ont suscité des apparitions de Marie qui sont devenues autant de lieux de pèlerinage. A noter, que pour chacune de ces apparitions, l’habillement et la posture sont différents si bien que c’est la Vierge Marie de tel endroit et que cela entraîne l’adhésion d’une collectivité, d’une région, d’un peuple, d’un nationalisme.
A la différence des apparitions de fantômes, les apparitions chrétiennes sont porteuses de messages, de révélations.
A la différence des hallucinations qui peuvent susciter des visions ou des délires (cas de la Pentecôte), les apparitions se font dans le calme, sans qu’il y ait transe ; le voyant a les yeux ouverts et dit voir (ou avoir vu).

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 10:44

"La semaine dernière André Bonnery, membre de l’Eglise Protestante unie de Carcassonne et qui enseigne l’histoire et l’architecture médiévale à Perpignan et est connu à Toulouse-le-Mirail, a participé aux XXIV° Rencontres de patristique dont le sujet était " La louange". Ces travaux lui ont inspiré une réflexion sur le verbe bénir (message de Michel Jas, pasteur à Carcasonne, au sein du groupe "Protestantisme libéral" de Facebook, le 4 juillet 2014).

 

Si l’on part de l’étymologie latine, bénir signifie : dire du bien, bene dicere. L’équivalent grec est eu logein d’où dérive le substantif eulogia que l’on peut traduire par éloge ou louange. Il n’est pas indifférent de constater que bénédiction et louange ont donc la même signification.

 

Le thème de la louange-bénédiction est éminemment paulinien

« Rendez grâce en toute circonstance, car telle est, à votre égard, la volonté de Dieu en Jésus-Christ. » (I Thes. 5, 18). « En tout temps, à tout sujet, rendez grâce à Dieu le Père au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Eph. 5,20). « Nous rendons grâce à Dieu, Père de Notre-Seigneur, Jésus-Christ dans la prière que nous ne cessons de lui adresser pour vous." (Col. 1, 3). « Avec joie rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. » (Col. 1, 12). « Je rends grâce à Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous. » (Phil. 1, 3). Mais pourquoi Dieu a-t-il besoin de notre eulogia, de notre benedictio ? « Telle est sa volonté » répond Paul dans I Thes. 5, 18.

 

Pourtant, à y regarder de près, la louange est plus nécessaire à l’homme qu’à Dieu qui n’a pas besoin de nos hommages pour Etre. Pour bien comprendre cela, il faut se rappeler que la société antique dans laquelle vivait Paul est structurée en fonction des relations de « patron » à « client ». S’il y a de l’honneur à être le puissant patron d’une nombreuse clientèle, il y a également de l’honneur à dépendre d’un haut personnage. Par conséquent, en disant du bien (en bénissant) son patron, cette louange rejaillit sur celui qui la formule. C’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre I Co. 4. Le christ assure son patronage à Paul qui, au nom du Christ, patronne la communauté. En rendant grâce à Dieu, elle reçoit de ce fait même, la bénédiction divine.

 

benir_la_table.jpg

 

Par conséquent, la louange (bénédiction) donne sens à la vie de l’homme. Dans l’Evangile de Luc, les chants d’action de grâce, le Magnificat de Marie (Lc. 1, 56-55) ou le Benedictus de Zacharie (Lc. 1, 67-79) et le Nunc dimitis de Syméon (Lc. 29-35), rappellent les bienfaits de Dieu. Celui qui prononce ces louanges se réjouit des biens dont il est comblé, parce qu’il a été trouvé digne des bénédictions divines. On a la même idée dans l’hymne de l’Apocalypse, 19, 1-10. Chez Paul, Ro. 8, 15-17, la louange nous fait reconnaître Dieu comme Père parce que l’Esprit nous conforme tellement au Christ que, par lui, nous pouvons crier « Abba », Père. Glorifier Dieu, c’est donc participer à sa gloire en tant que fils, en Jésus-Christ. Il y a toujours un effet miroir dans la louange.

 

Dans cette perspective, la question de savoir si l’on peut bénir au nom de Dieu ne se pose pas car la bénédiction, c’est d’abord reconnaître les bienfaits que Dieu accomplit pour nous. C’est pourquoi on lui rend grâce. Si l’on applique cette vision des choses au mariage, bénir, c’est remercier Dieu pour l’amour qu’il a fait naître entre deux de ses créatures et lui demander de le faire grandir. En rendant grâce à celui qui est à l’origine de ce don, la femme ou l’homme se réjouissent d’avoir été trouvés digne d’en être les bénéficiaires.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 07:43

malia-et-sasha-ObamaLa fédération : des liens privilégiés entre des communautés qui se sentent proches dans leurs objectifs et leur style sont établis de façon stable.

L’agrégation : une petite communauté demande une entraide à une plus grande. Elle garde sa structure propre et son autonomie.

La fusion : une petite communauté disparaît dans une plus grande, dont elle prend le nom et le programme. Cas par exemple de l'absorption du bimestriel "Le Protestant" de l'Union protestante libre de Genève par le mensuel protestant français "Evangile et liberté"

L’union : deux ou plusieurs communautés, de petite taille ou de taille moyenne, se rapprochent et se fondent les unes dans les autres ; il en résulte une nouvelle dénomination, dont les racines plongent dans la tradition des communautés qui lui ont donné naissance. Elle suppose un cheminement assez long. Exemple de l'union en 1961 des communautés unitariennes et de l'Eglise universaliste américaine pour donner l' "Unitarian Universaliste Association (UUA) of congregation".

 

Ces définitions sont reprises et adaptées d'un article paru le 24 juin 2014 dans LaCroix.com à propos des congrégations religieuses ( lien).

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 08:02

Tout le monde veut s’appeler évangélique ! Est-ce pour nous rappeler que, pour tout bon chrétien, l’Evangile est la référence fondamentale ? Pourquoi certains chrétiens veulent-ils s’accaparer dénominationnellement cette référence qui, en principe, est partagée par tous les chrétiens du monde entier ? Veulent-ils nous dire qu’ils sont meilleurs chrétiens que les autres ? ou encore les seuls chrétiens ?


Cela semble avoir commencé par les luthériens au XVIème siècle, pour se démarquer des catholiques qui, selon Luther, avait trahi les textes. Leur théologie est luthérienne, mais leurs Eglises se dénomment officiellement « Eglises évangéliques luthériennes », sinon « évangéliques » tout court dans la pratique. Par contre les fédérations se disent luthériennes. Pour les historiens, on dit « Églises de la Confession d'Augsbourg ».


Puis, il y eut, au XIXème siècle, une réaction conservatrice de protestants réformés (donc cette fois-ci de tradition calviniste) qui s’affichèrent comme « évangéliques » par opposition au protestantisme libéral. En France, l'Union des Églises évangéliques libres (UEEL) est créée en 1849, dans l'affirmation de l'attachement à la Réforme et dans le refus de toute emprise de l'État sur son organisation et ses activités (refus d'un Concordat). Elle n'a pas souhaité faire partie de l'Église réformée de France (ERF), lors de la création de cette instance en 1938. Confédérée à la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (depuis 1987) et à la Fédération internationale des Églises évangéliques libres, l'UEEL fut membre fondateur de la Fédération protestante de France en 1905, lui fournissant d'ailleurs, en la personne d'Édouard Gruner, son premier président (1905-1927). Elle s'en est éloignée au début des années soixante, mais y est revenue en 1996 (lien) et Claude Baty, libriste, en est l’actuel président depuis 2007. Cette mouvance a formé ses pasteurs soit à la Faculté libre de théologie réformée d'Aix en Provence (dite maintenant « protestante et évangélique » et qui, a adopté le nom de Jean Calvin à son fronton), soit à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. Attention ! Encore faut-il vérifier chaque cas ! par exemple, les Réformés du canton de Vaud en Suisse ont une Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) où les libéraux sont actifs (1). Du côté des luthériens, on a aussi assisté à la même réaction anti-libérale, mais la dénomination « évangélique » étant déjà prise, cela a donné l'Église évangélique luthérienne - Synode de France et de Belgique (EEL-SFB).

(1) ajout de Pascal Acker, à réception de ce texte - en fait la plupart des Eglises réformées de Suisse (22 sur les 25 Eglises cantonales que compte la Fédération des Eglises protestantes de Suisse) ont adopté cette dénomination dès le début du XVIème siècle (lien).


protestantisme_evangelique_en_france_2012.jpgAu XIXème siècle, le pentecôtisme a connu un développement international à partir des Etats-Unis et on le retrouve sous des appellations très diverses dont des Eglises indépendantes qui se disent « évangéliques » et dans les mouvements charismatiques au sein de l’Eglise catholique. Sociologiquement on peut parler d’une mouvance pentecôtiste parfaitement cohérente dans son contenu et son style.

 

Mais bien au-delà de la mystique pentecôtiste et de ses effets physiques sur les personnes qui y adhèrent, une dernière vague « évangélique » d'un autre style représente un christianisme conservateur, voire réactionnaire, plus politisé, assurément dogmatique, plutôt rationnel à partir d'argumentaires bibliques, très rodé pour les effets de scène et les manipulations de foules, les manifestations de rue aussi, mais aussi très social et travaillant dans la proximité (dans la rubrique « le christianisme évangélique » de nos Etudes unitariennes, nous avons avancé le concept d’Eglises évangéliques indépendantes afin de les distinguer des Eglises protestantes qui se rattachent à une confession historique, Eglises pentecôtistes incluses) (lien). La carte ci-jointe donne le nombre d'Eglises indépendantes de dénomination "évangélique" par département en France.


Sans compter bien entendu, au gré des siècles, les mouvements de Réveil qui, par définition, prétendent secouer l’inertie et la foi attiédie des autres Eglises !


Entre pureté nostalgique d’un retour aux sources et pesanteurs de l’histoire, il en résulte un qualificatif tellement polysémique qu’il n’a plus grand sens de prime abord. Il faut nécessairement resituer l’Eglise qui s’en affuble dans son contexte historique afin d’en comprendre le pourquoi.


Une aubaine pour les Eglises protestantes luthériennes ou réformées (ou « unies » comme en Belgique avec l’EPUB et en France avec l’EPUdF) qui souhaitent renflouer leurs rangs en s’ouvrant à ces chrétiens qui se disent protestants d’une façon générale mais qui n’ont pas de filiation avec les Réformes protestantes du XVIème siècle. Pour les chrétiens progressistes, ils inspirent indéniablement de la méfiance quant à l’utilisation incantatoire des textes sacrés, idem au niveau politique au regard de l’évolution des mœurs, et une certaine rigidité militante proclamant l’Evangile d’une façon littérale et dogmatique, bref, un mot complètement plombé ! Ceci dit, il ne convient pas d’enfermer une personne dans une catégorie, dans une appartenance dénominationnelle, mais de la percevoir dans un itinéraire religieux et spirituel pouvant être complexe et dans sa propre pratique. Aux Etats-Unis, des évangéliques réagissent eux-mêmes contre la politisation droitière des milieux évangélicaux et se déclarent « évangéliques libéraux » …

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 08:43

Récapitulatif de notre rubrique « Le vocabulaire religieux » (lien), soit 50 articles publiés au 12 décembre 2012. Les articles sont de Jean-Claude Barbier, sauf indication contraire. Cette rubrique fera l'objet d'une revision générale afin de compléter les définitions lorsque cela s'avère nécessaire et de remettre certaines photos qui ne se visualisent plus à l'ouverture des articles correspondant.


theologie_cathedrale_Laon.pngLe vocabulaire religieux, 19 mars 2007

Les pré- , 19 mars 2007
Les inter- , 19 mars 2007
Les néo- , 19 mars 2007
Les post- , 19 mars 2007
L’ecclésiologie des unitariens, 23 mars 2007
Congrégation, fraternité, fraternelle, communauté, société religieuse, 23 mars 2007
Eglise et assemblée, 23 mars 2007
Association, mouvement, 23 mars 2007
L'identité religieuse en –isme, 27 mars 2007
Le prosélytisme religieux en –ique, 27 mars 2007
Certains excès en –iste, 27 mars 2007
Qu'est-ce qu'un calice ? 23 avril 2007
Le ciboire caché dans les bagages de Benjamin (Gn 44, 1-13), 23 avril 2007
Les repas rituels (les agapes), 7 mai 2007
Le nom de Jésus, par Alain Lauzet, 20 mai 2007
Les dénominations des unitariens de tradition chrétienne (chrétiens unitariens, unitariens de culture chrétienne, unitariens-universalistes chrétiens), 18 novembre 2007
Les universalistes (universalistes, néo-universalistes, universistes, 19 novembre 2007
Une nouvelle approche du religieux autour du couple unitariens / universalistes (les unitariens-universalistes, les unitariens qui sont universalistes, les universalistes unitariens au Québec, les unitariens et les universalistes de l’ICUU, unitariens*universalistes), 19 novembre 2007
Entre célébration et service, chez les catholiques (célébration eucharistique avec bénédiction des espèces, service de la Parole et de la communion), 1 décembre 2007
L'Eglise pyramidale, 2 décembre 2007
l'Eglise comme un corps, texte des dominicains néerlandais traduit en français par Lucienne Gouguenheim, (apôtres, prophètes, prédicateurs, anciens, presbytes, diacres, diaconesses, évêques/surveillants, prêtres, théologiens et docteurs de la foi, sacristain, etc.), 3 décembre 2007.
Les anges qui annoncent, par Agathe Brosset, 4 décembre 2007
Oecuménisme, transconfessionnalité, christianisme d’ouverture, inter-convictionnalité, 16 février 2008
Unitariens et autres anti-trinitaires (les anti-trinitaires du 1er millénaire, du XVIème siècle, les non trinitaires - libéraux protestants et deux mouvements catholiques « Jésus simplement » et « Libre pensée chrétienne » - les anti-trinitaires biblicistes comme les témoins de Jéhovah), 19 février 2008
Le libéralisme en matière de religion, 25 mars 2008
Comment nommer nos ministres du culte ? (prêtre, pope, pasteur, rabbi, imam, abbé, abbesse, religieux, curé, vicaire, diacre, monseigneur, évêque, archevêque, métropolite, patriarche, pape, surintendants, révérend, ministre du culte, prédicant, ministre laïc, etc.), 20 avril 2008
Chrétiens libéraux (remonstrants aux Pays-Bas, non-souscrivants en Irlande, Réformation, libéraux opposés aux « orthodoxes », « évangéliques », « conservateurs », « traditionalistes », « intégristes », juifs libéraux, Eglises libres, chrétiens libres, indépendants, contestataires, réformateurs, progressistes, alternatifs), 30 avril 2008
Le vocabulaire de l’universel (universel, universaux, universalisme, universalisation, internationalisation, planétarisation, mondialisation), 15 juillet 2008
Universalisme, universisme, d'après Christian Bodin (dictionnaire philosophique), 22 novembre 2008
Se situer face à la pluralité religieuse, article de Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions et d’anthropologie de la religion à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, résumé par Etienne Godinot (exclusivisme, inclusivisme, relativisme, posture apophatique), 4 février 2009
Intégriste, intégral, traditionaliste, fondamentaliste, 4 février 2009
Qu'elle est la différence entre déistes et théistes ? 25 mai 2009
Faire Eglise avec qui ? 15 juin 2009 (Eglises libres, latitudinaires, œcuméniques, transconfessionnelles, ouvertes, post-confessionnelles, post-chrétiennes, théistes, inter-convictionnelles, universelles)
Gnose, gnosticisme et textes apocryphes, par Michel Jamet, 21 septembre 2009
La prédestination (1) : introduction par un chrétien de base, par Michel Jamet, 24 novembre 2009
La prédestination (2) : "La prédestination pour les nuls", par le pasteur Louis Pernot, 20 novembre 2009
La prédestination (3) : par Pierre-Jean Ruff, pasteur de l’ERF, 20 novembre 2009
Dogmatistes, doctrinaires, radicaux, sectaires, 27 février 2010
Les titres cléricaux, 24 mars 2010, texte de Christian Baert
Les mouvements intégristes extrêmes, 2 mai 2010
Maisons de réunion et sociétés religieuses, 13 mai 2010
Paroisses unies, Eglises locales fédérées, 13 mai 2010
Les mouvances religieuses, 30 mai 2010
Les Eglises entre exclusivisme et inclusivité, 14 septembre 2010
L'intégrisme religieux, 6 octobre 2010
L'assimilation du nouveau converti au sein des communautés religieuses, 9 octobre 2010
Spiritualité encadrée, concertée ou libre, 10 octobre 2010
La théologie négative, 22 février 2012, note explicative de Christian Collas,
Pacifisme, non-violence, et force de paix, 27 février 2012

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:18

par Jean-Claude Barbier


Le pacifisme considère que la guerre est toujours la pire des solutions et qu’il est toujours possible de régler les différends entre les puissances par la négociation ; c’est en quelque sorte, la paix à tout prix. Les accords de Munich en 1938 où Britanniques et Français acceptèrent le fait accompli des premières conquêtes d’Hitler illustrent le jusqu’au-boutisme d’une telle doctrine … laquelle finalement n’empêche pas la guerre mais la retarde. Alors que son point de départ : négocier d’abord, est tout à fait réaliste et peut éviter bien des drames, la suite relève d’une naïveté en politique qui a été dénoncée.

 

Pire, en prônant le désarmement unilatérale, elle expose la population sans défense aux hégémonies et impérialismes des voisins. Les Romains ne disaient-il pas : si tu veux la paix, prépare la guerre ! Le pacifisme prend donc le risque de l’occupation du territoire national sans défense par des forces étrangères avec des formes d’exploitation en général drastiques et un Gouvernement dépendant, sinon ouvertement collaborationniste.


Les socialistes du XIXème siècle voyaient dans le pacifisme à tout crin une sortie du capitalisme qui exacerbe les rivalités nationales ; en refusant la guerre, en prenant le pouvoir par la révolution en chaque pays, ils pensaient ainsi déminer les conflits – ceux-ci n'étaient-ils pas voulus par les dirigeants pour défendre leurs intérêts égoïstes et non point par les braves peuples qui, eux, comme on le sait, sont tout à fait paisibles et vaquent à leurs simples besoins.


Cette utopie socialiste, basée sur une critique du capitalisme et sur une prise de conscience de la classe ouvrière en chaque pays, a rejoint le pacifisme chrétien qui, lui, est basé sur le message de paix de l’Evangile. Lors des Réformes protestantes du XVIème siècle, les anabaptistes et les anti-trinitaires (dans une moindre mesure) relancèrent le devoir des chrétiens de ne pas faire la guerre, de s’abstenir des fonctions dans l’Armée, mais aussi dans la Justice car certains procès aboutissent à la mise à mort du condamnés, d’une façon plus générale dans la politique. Les nobles étaient invités à ne plus porter l’épée, sinon une épée en bois toute symbolique de leur rang. En échange du risque d’être tué, eux et leur famille, le paradis est assuré aux croyants ! Et puis, en arrière fond, l’idée que c’est Dieu qui fait l’histoire et non les hommes. Le messianisme juif puis chrétien s’est nourri de cette attente de l’irruption de Dieu dans notre histoire et de la restauration définitive de la Paix.


La non-violence prend le relais du pacifisme mais, à partir de l’action de Gandhi qui a conduit à l’indépendance de l’Inde, considère qu’une résistance est possible par la mobilisation du peuple : les prisons ne sont plus suffisantes, les grèves paralysent le pays, les meneurs deviennent des héros lorsqu’ils sont arrêtés, les actions répressives trouvent vite leurs limites. Toutefois, certains régimes n’hésitent pas à massacrer leurs peuples pour se maintenir ; et là c’est la non-violence qui trouvent ses limites. Elle trouve aussi ses limites en misant sur une volonté populaire unanime et sans faille, or - le cas de l’Inde est significatif qui vit la violence s’installer entre hindouistes, musulmans et sikhs - les peuples ne sont pas homogènes et les luttes pour le nouveau pouvoir s’engagent très vite …et avec une violence extrême.


En France, le courant non-violent est représenté par la revue trimestrielle Alternatives Non-Violentes ANV (lien) dont François Vaillant est le rédacteur en chef (lien) et le mouvement animé par Jean-Marie Muller Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN), lequel insiste sur la justice sociale comme base de la paix. Voir notre dossier sur la non-violence dans les Actualités unitariennes (lien) où le lecteur trouvera plusieurs textes de Jean-Marie Muller.


A partir des travaux de l’Américain Gene Sharp* dans sa thèse de doctorat « The Politics of Nonviolent Action: A Study in the Control of Political Power », soutenue en 1968 à l'Université d'Oxford, répercutés en France par Jean Marichez et l’Ecole de la paix à Grenoble *, s’est développée une non-violence rectifiée, non plus absolue, mais à géométrie variable selon les situations, pragmatique, centrée sur les méthodes de résistances civiles de masse et les stratégies permettant aux peuples opprimés ou agressés de s'en sortir, bref sur le « comment faire? ». Gene Sharp préfère utiliser l’adjectif « nonviolent » en un seul mot afin d’éviter toute connotation pacifiste. Aujourd'hui, on peut dire qu'une cinquantaine de mouvements révolutionnaires ont suivi les techniques étudiées par Gene Sharp, aux Philippines, dans les Pays Baltes, au Kosovo, en Ukraine, en Géorgie etc. et dernièrement en Egypte et en Tunisie. Ces techniques sont enseignées par le centre de formation pour l'action nonviolente CANVAS (Center for Applied NonViolent Action and Strategies), créé par les meneurs de la résistance à Milosevic à Belgrade, en Serbie.


* Jean Marichez a rencontré Gene Sharp à Boston en 1994 au Albert Einstein Institution, près de Harvard, lors d’un séjour.


* créée en 1998 à l’initiative de Richard Pétris, sous forme d’association loi 1901, l’Ecole de la Paix se consacre à la promotion d’une culture de la paix et du vivre ensemble ( lien). « L’École de la paix travaille à la promotion d’une culture de la paix et du vivre ensemble, dans nos quartiers jusqu’aux territoires les plus lointains. Elle conçoit des outils pédagogiques, développe des animations et des formations, assure des modules universitaires, organise des rencontres d’experts, des colloques, des expositions, et développe un réseau de partenaires en France et dans le monde. Son ambition est d’associer tous les acteurs de la société, y compris les entreprises, au développement humain, et d’impliquer les jeunes dans cette construction de l’avenir ».


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Jean Marichez a publié :


La guerre par actions civiles, avec Xavier Olagne, édité par l’ex Fondation pour les Études de Défense en 1998, diffusé par La Documentation Française, Paris.
Croyances Meurtrières, à L’Harmattan, Paris, 2011 (lien).


et a traduit en français 5 ouvrages de Gene Sharp :


La guerre civilisée, Presse Universitaires de Grenoble, 1995
La Force sans la violence, L’Harmattan, Paris, 2009
De la dictature à la démocratie, L’Harmattan, Paris, 2009
L’anti-coup d’Etat, L’Harmattan, Paris, 2009
Mener la lutte nonviolente, en cours d’édition


Est-ce un reste de pacifisme ? La non-violence s’abstient pudiquement de soutenir des interventions armées qui sont programmées sous l’égide des Nations-Unies, comme par exemple l’interposition d’une force militaire entre les parties en conflit (avec droit de riposte en cas de défense), l’ingérence pour arrêter les massacres perpétrés par un régime contre sa population, etc. Ce sont pourtant des forces de Paix, un peu comme une police à l’échelle internationale dans le cadre d’un nouvel ordre mondial qui se met peu à peu (et non sans difficulté) en place et qui ont précisément comme objectif la fin des conflits.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 19:18

note explicative de Christian Collas, membre du groupe d'information et de discussion "Unitariens francophones" sur Facebook.


La théologie négative ou apophatique (du grec apophasis : négation) est une approche qui consiste à insister plus sur ce que Dieu n’est pas que sur ce que Dieu est. Cette théologie peut sembler paradoxale puisque Dieu dit de lui-même  : « Je suis celui qui est ».  Elle a une histoire et une pratique, principalement avec le Pseudo Denys l'Aréopagite (VIème siècke), Maître Eckart (XIIIème siècle), Vladimir Lossky (XX ème siècle) dans son ouvrage « Essai sur la Théologie Mystique de l’Eglise d’Orient », sans compter tous les anonymes dont l’auteur inconnu du Cloud of the Unknowing / Nuage de l’Inconnaissance (XIVème siècle) - lequel est très influencé par le Pseudo Denys.

 
L'apophatisme est une démarche intellectuelle par laquelle toute idée que l'on se fait de la divinité se voit démasquée dans son inadéquation à délimiter ce qui est par principe sans limite. Par exemple, l’affirmation : « Dieu existe », ne peut se concevoir en théologie négative. Pas plus que : « Dieu est miséricordieux ». L’expression de la transcendance s’exprime uniquement par des propositions négatives et par un recours à l’abstraction, et ultimement par le silence car même une proposition d'apparence négative est une affirmation concernant l'indicible sur lequel rien ne peut être affirmé. Dire que « Dieu n'est pas miséricordieux » est, in fine, une affirmation toute aussi positive que d'affirmer que « Dieu est miséricordieux », puisque Dieu n'est ni miséricordieux, ni ne l'est pas (voir la présentation de cette théologie dans l'encyclopédie Wikipedia,  lien). 

theologie_negative.jpgSi l'apophatisme peut se mener à un niveau très abstrait de réflexion, elle vise finalement l'expérience sensible, à force de ne pouvoir délimiter et cerner Dieu ; ce qui arrive après épuisement de toutes les questions. Elle valorise ainsi la méditation et le mysticisme. On retrouve ces mêmes influences dans le soufisme. L'Extrême-orient a développé à sa façon, et ce bien avant l'Occident, une théologie apophatique qui s'exprime dans le bouddhisme, le taôisme, l'hindouisme et bien d'autres traditions.
 

 

Le Protestantisme a manifesté de la méfiance vis-à-vis de ces pratiques mystiques avant que des groupes quakers, luthériens, anglicans, méthodistes et pentecôtistes ne les redécouvrent. 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 08:02

message du jeudi 7 octobre 2010 de Jean-Claude Barbier au groupe « Croissance spirituelle » ( lien)
 
Les familles spirituelles, que ce soient les gnoses, les voies soufies, les ordres monastiques chrétiens et leurs branches laïques, etc., nous ont transmis des spiritualités optionnelles au sein d'un champ religieux bénéficiant d’aumôniers, de directeurs de conscience, de maîtres, de gourous, etc. Je dirais que ce sont des spiritualités encadrées.

Mais déjà dans les années 1830, avec le transcendantalisme du philosophe et poète américain Ralph Waldo Emerson (ministre unitarien jusqu’en 1833) (lien), l’individu est invité à cheminer librement, en toute souveraineté. Il y a bien sûr du rousseauisme dans cette confiance en l’Homme : celui-ci est bon, ou du moins capable de discerner le Bien du Mal ; la contemplation de la Nature et – aussi – son intuition le mette en contact avec la Vie (ce que les théistes appellent la Création) ; avec sa raison et son intelligence, il est capable de progresser et de s’élever en connaissances mais aussi moralement. C’est en soi et non plus dans une tradition héritée qu’il faut puiser les forces car tout héritage peut s’avérer être un enfermement (Ralph Waldo Emerson fut l’ami de Friedrich Wilhem Nietzsche dont on connaît le combat contre l'idéologie chrétienne).

Et puis, la génération hippie, avec son exotisme et le New-âge, a valorisé une spiritualité à la carte, où chacun puise dans des champs religieux différents des références, des méthodes, des croyances, les gurus qui lui convient. C’est le relativisme tout azimut, liée à une sociabilité de groupes informels et éphémères aux contours flous. Une joyeuse brocante où chacun communique avec ses propres choix et ses différences. Une dynamique tout à fait libre et personnelle, non encadrée et non dirigée par une seule tradition. Les sites "Spiritualités sans frontière" (lien) ou encore "Convergence spirituelle" (lien) me semblent bien illustrer cette dynamique qui puise à l'interreligieux et au meilleur.

 

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Il est d’ailleurs significatif que ces deux sites, sans adhérer explicitement à l’unitarisme-universalisme, en reprennent les symboles dans leur bandeau d'entête. Leur non adhésion étant ici logique au regard d’une liberté individuelle particulièrement sourcilleuse de n’être incluse sous aucune étiquette, fusse-elle celle d’un courant qui a pu, à un moment ou à un autre, les inspirer. Paradoxe où l’unitarisme-universalisme, en définitive, est victime de son propre succès, la liberté religieuse affirmant la relation spirituelle à autrui – et dans ce cas l’altruisme – mais aboutissant toutefois au refus de faire communauté religieuse car celle-ci, quelqu'elle soit, est perçue comme une emprise !

Entre les deux, il y a ce qu'on pourrait appeler des spiritualités concertées où les personnes échangent entre elles, se concertent, dialoguent ; ce qui permet à chacun de se rectifier si besoin est, de revoir ses aspérités, d'avancer en s'enrichissant des apports et du regard d'autrui.

 

Les loges maçonniques, bien que dotées d'une hiérarchie, pratiquent depuis longtemps une telle concertation ; la hiérarchie y est en effet garante d'une moralité et d'une méthode et non pas pour imposer des croyances ou une idéologie précise ; elle propose un cadre pour un cheminement libre en compagnie de frères et de soeurs. Chacun y progresse avec les autres et par les autres, en toute fraternité. Les unitariens, pour leur part, pratiquent l'accompagnement spirituel et non pas la direction des consciences (par exemple pour l'accompagnement des couples,  lien). Ils encouragent à l'expression libre lors de leurs cultes (lien). 

 

Cela rejoint un peu la nécessité de la communauté chrétienne aux yeux des protestants qui partent de la lecture personnelle de la Bible, de la liberté de compréhension et d’interprétation en son âme et conscience, mais recommandent toutefois de faire cela en communauté ecclésiale - ce qui a abouti d’ailleurs, vite fait bien fait, à une confiscation de cette liberté pourtant proclamée ; ceci jusqu’à l’apparition du protestantisme libéral au XIXème siècle *
* les protestants libéraux rejoignent ainsi les unitariens (depuis 1568) et les Non-subscribings irlandais (à partir de 1725) (lien) qui furent les seuls à maintenir jusqu’au bout cette logique de la liberté de penser.


Les groupes de "Croissance spirituelle" - initiative des unitariens-universalistes américains - se situeraient plutôt dans le troisième type, celui des spiritualités concertées, bien que, en leur sein, la critique n’y soit pas de mise ( lien).
 
Bonne spiritualité de votre choix. Jean-Claude Barbier

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 19:18

Alors que Jean-Baptiste et Jésus-Christ n’ont jamais demandé à leurs compatriotes de changer de religion puisqu’ils s’adressaient à leurs coréligionnaires Juifs, mais tout simplement de changer de mœurs et de pratique, de ne plus pécher, de se converrtir de coeur et d'esprit, le terme de conversion devint, avec la fin du judéo-christianisme, synonyme d’adhésion à la nouvelle religion qu’était le christianisme de la part de « païens », puis plus tard, pour d’autres peuples également monothéistes, par exemple juifs ou musulmans.

Dès l’origine le baptême est la marque d’un changement intérieur, d’un reniement au passé ; il deviendra de plus en plus le signe d’un changement d’identité avec l’adoption d’un prénom chrétien.

Au sein de sa nouvelle communauté, la promotion du baptisé, après un temps de formation - le catéchuménat - peut être très rapide puisque tous y sont frères et sœurs et que les origines nationales sont abolies. Il y a d’emblée assimilation résultant de l’abolition des identités antérieures. Il n'y a plus ni Juifs, ni Grecs, ni païens dira Paul. L’islam et bien d’autres religions fonctionnent ainsi sur ce même modèle universel après un rituel d’entrée.

Dans la pratique, bien entendu, le nouveau converti, en quelque sorte l' "étranger", est suivi avec attention par les autochtones (censés être les descendants des premiers occupants des lieux habités, du moins ceux dont on connaît l’histoire), par les vieilles familles (les souches lignagères qui peuvent compter leurs aïeuls sur place), par les dignitaires et la hiérarchie, si ce n’est les autorités politiques.

NDLR - Dans la société civile, on notera les progrès suivants : l’insertion (qui consiste en une adaptation aux règles de vie et aux mœurs de la société d’accueil), l’intégration (qui implique l’adoption des valeurs et une solidarité active) et enfin l’assimilation (où toute trace d’identité antérieure concurrente est gommée).

Lors des conversions forcées, la surveillance est accrue et les individus identifiés selon des statuts bien précis.

 

En Espagne par exemple les chrétiens (« Cristianos ») furent « Mozarabes » lorsqu’ils vivaient en territoire arabe, « Elches » lorsqu’ils se convertissaient à l’islam (d’un mot arabe signifiant « renégat »).

Les musulmans ("Moros" , c’est à dire les Maures) furent des « Moriscos » (Morisques, littéralement « petits Maures ») lorsqu’ils durent se convertir après les édits de 1502 *, « Mudéjares » lorsqu’ils vivaient en territoire chrétien et autorisés à vivre leur propre religion, moyennant tribut, « Marranos » = Marranes, si, convertis au christianisme, ils étaient soupçonnés de continuer à pratiquer leur propre religion.

Les juifs (« Judios ») sont « Conversos » lorsqu’ils sont convertis au christianisme (ils y sont obligés depuis la fin du XIIème siècle), et eux aussi soupçonnés d’être « Marranos » lorsqu’ils continuent à pratiquer clandestinement leur religion.
* après la proclamation en 1525, par Charles Quint, de l’unité religieuse de son royaume d’Espagne, la pression sur les musulmans de Grenade sera de plus en plus forte jusqu’à la révolte dite des Morisques en 1570-1571.


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Illustration. "La Expulsión de los Moriscos" par Vicente Carducho. Museo del Prado, Madrid. Les Morisques sont expulsés de Valence par décret du 22 septembre 1609 et débarquent au port d’Oran. Pour plus amples informations sur le sort des Morisques, voir entre autres l’article dans Wikipedia ( lien)

 Si le fidèle ne se comporte pas selon les pratiques en vigueur, il sera admonesté, sinon exclu (l’excommunication chez les chrétiens). S’il n’adhère pas à toutes les croyances et, pire, s’il en professe de différentes ou de nouvelles, il courra le risque d’être taxé d’« hérétique ». S’il change de confession ou de religion, il sera un « apostat » (qui abandonne, qui renie sa foi), on dit aussi un « renégat » (mais ce terme déborde le seul domaine religieux).

La démocratie et la laïcité permettent une libre circulation des personnes entre les confessions et religions, chacun pouvant adhérer à la communauté de son choix et en changer sans que cela fasse drame dans sa famille, dans son entourage et parmi ses relations.

 

Il peut donc y avoir des itinéraires religieux et spirituels qui ne sont pas forcément des ruptures par rapport aux étapes précédentes, mais des cheminements, voire même des recherches. Il n'y a plus d'avant et d'après, des "conversions", mais des choix successifs qui peuvent être vécus comme autant de progressions.

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