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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 14:47

Journées de formation les 11 – 13 janvier 2013 organisées à Kigali par la Congrégation unitarienne du Rwanda ; compte-rendu par Clément Uwayisaba. Traduit en italien par Giacomo Tessaro et mis en ligne sur le site de la Congregazione italiana cristiano unitariana (CICU) (lien).

Il s'agissait de partager et d'expliquer aux membres de la Congrégation le contenu de la formation qui a eu lieu à Bujumbura du 24 au 30 décembre 2012 et de répondre aux questions.

D'une façon générale, les unitariens font la distinction entre les croyances religieuses qui ne sont pas scientifiquement fondées - et qui sont donc pour nous en option libre selon notre liberté de conscience et de penser, nos intuitions et notre propre subjectivité -, et les acquis des connaissances scientifiques qui s'appuient sur l'objectivité et la raison humaine.
les âmes, les anges et archanges, les anges gardiens, le paradis et l'enfer, le "salut", la survie dans l'au-delà, le péché, le péché originel, les interdictions religieuses alimentaires, le pur et l'impur, les résurrections, les ascensions, etc., tout cela relève de la métaphysique. Nous pouvons simplement expliquer l'origine de ces croyances et leur évolution, mais nous ne pouvons pas statuer sur elles car elles ne relèvent pas de la Nature dans laquelle nous vivons et nous ne pouvons les connaître en toute objectivité. Elles sont donc pour nous en Pologne---Socinus-portrait-1.jpgoption libre ! A la suite de Faust Socin (portrait en illustration), théologien anti-trinitaire du XVIème siècle, nous considérons que la foi chrétienne doit aller de pair avec les progrès des connaissances scientifiques et être compatible avec la raison” (Jean Claude Barbier)
 

 

Nos croyances nous plongent dans une “foi” qui est bien souvent privée de la “raison”; les progrès scientifiques sont mis de côté par les responsables religieux ; nous ne faisons qu’avaler les dogmes et principes des religions, aveuglement et sans exercer aucune liberté de penser et d’expression. Dieu nous a pourtant créés avec une intelligence et nous avons la capacité d’analyse. Progressivement, la science démontre d'ailleurs ce que les religions considéraient comme des mystères. Nous continuerons à exercer notre faculté de raisonner, y compris quant aux choses de religion et de croyances. Nous sommes bien décidés à poursuivre et approfondir nos recherches afin de réconcilier nos croyances avec le monde moderne, lequel n’est pas surnaturel mais réel.

 

J’ai également parlé de l’histoire de l’unitarisme au moyen d'un projecteur à partir de plusieurs sites unitariens. 

 

Nous avons parler aussi de la Bible qui est considérée par la plupart des chrétiens comme la Parole écrite de Dieu ; or, elle a été rédigée par plus d'une quarantaine d'auteurs, sur une période de 18 siècles, si bien qu'on peut seulement dire que c'est en tant que croyants que ceux-ci ont pu se sentir inspirés par Dieu, mais non pas que Dieu aurait guidé directement leurs plumes !

Le mot "bible" signifie "bibliothèque". La Bible rassemble des livres hébraïques et quelques livres écrits en grec qui constituent le "Premier testament" et puis des écrits chrétiens qui, eux, composent le (Nouveau Testament). Cette littérature se caractérise par sa grande diversité en genres littéraires, en réflexions théologiques, en versions partisanes, etc. Elle s’étage sur de nombreux siècles (bien que les versions définitives des textes du Premier testament datent pour la plupart du IVème siècle, du retour de l’Exil). Par ailleurs, hors canon, des « apocryphes » juifs ou chrétiens, peuvent être également intéressants. Chaque livre a son ou ses auteurs, réels ou présumés, a eu une ou plusieurs strates rédactionnelles, a connu des ajouts, a eu des variantes, etc. L’histoire rédactionnelle de chaque texte est souvent très complexe et compliquée à reconstituer !

Voici les questions qui ont été posées lors de ces Journées et les premières réponses que nous y avons apportées.

Adam et Eve sont-ils des personnages fictifs, purement allégoriques ? Act 17:26
La question porte-t-elle sur la rhétorique de Paul devant les Athéniens, ou bien sur le texte de la Genèse ? Dans le premier cas, nous avons à faire à un argumentaire (très astucieux et bien mené … même si les Athéniens n’ont rien compris !) et dans le second cas, d’un vieux texte qui est un récit mythique fondateur, également tout à fait intéressant. Demander si les personnages d’un récit mythique ont existé réellement relève d’un manque de connaissance de ce qu’est un récit mythique. Par définition la question ne se pose pas ! du moins à l’Université.
Le Péché d’Adam entrait-il dans le dessein de Dieu ? Josue 11:11
L’anathème pratiqué au temps de Josué n’a strictement rien à voir avec le « péché d’Adam » ! Et encore moins avec le « Péché originel » (qui est une rhétorique paulinienne, certes intéressante mais qui n’a rien d’historique !). Dans le texte de la Genèse, il n’est pas dit que Dieu avait prévu le « péché d’Adam ».
A noter – pour la vérité historique – qu’il n’y a pas eu conquête guerrière du pays de Canaan par Josué, mais infiltration plus ou moins pacifique des éleveurs « hébreux » en voie de sédentarisation (un peu comme pour les « Tutsis » dans les royaumes de la région des Grands-Lacs).
Quelle est l'origine de la croyance “chrétienne” en une âme immortelle et immatérielle ?
C’est une croyance grecque, helléniste, que les chrétiens vont adopter au début du IIème siècle afin de justifier de la résurrection des âmes (en attendant celle des corps promise à la Fin des temps).
L'apostasie selon 1 Timothée 4:1
Il faut continuer la citation. Ce passage concerne non pas l’apostasie dans le cadre des persécutions, mais le développement des doctrines gnostiques (lesquelles n’étaient pas favorables au mariage et prônaient le célibat !) et aussi des restes judaïsant (le rejet des nourritures dites impures dans le judaïsme).
Le baptême selon Mt 28: 19, 20
Le baptême peut se faire au nom de Jean (c’est celui que reçu Jésus), au nom de Jésus (car Jésus baptisa avec ses disciples avant que Jean-le-Baptiste ne fut emprisonné), au nom de l’Esprit (suite à la Pentecôte ; il y a alors imposition des mains), ou encore selon cette formule ternaire (mais qui n’est pas trinitaire, à ne pas confondre !) donnée par le Matthieu grec (donc assez tardif). Comme quoi, les chrétiens ont le choix !
C’est quoi le Ciel ?
Pour qui ? pour les scientifiques (et pour les unitariens avec eux car ils suivent les progrès scientifiques) ? ou bien pour les eschatologiques (comme par exemple le mouvement de Jésus, les nazôréens). Dans ce dernier cas, il vaut mieux utiliser l’expression de « Royaume de Dieu / des Cieux ».
Dans le monde actuel où la science tient une grande place, est-il raisonnable de croire à la Création ?
Faut-il voir dans le big-bang - cette formidable explosion énergétique à l’origine de notre univers - le fait d’un simple hasard ? d’un choc (mais entre quoi et quoi ?), ou un projet intelligent (le Dessein intelligent) de la part d’une entité surnaturelle ? La question reste entièrement ouverte, donc en débat. Sur cette question, croyants et incroyants sont aussi ignorants les uns que les autres ! Sachons le reconnaître bien humblement. Cela fait partie du « mystère de la vie ». Pour le « Dessein intelligent » (qui n’a rien à voir avec le Créationnisme), voir le dossier correspondant dans les Actualités unitariennes ( lien).
Faut-il continuer à pratiquer le culte des ancêtres selon nos cultures africaines
De nos jours, le monothéisme est admis dans son universalité. Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Par contre communier aux ancêtres, comme nous communions à Jésus, pourquoi pas ? Mais il s’agit là non plus de culte mais d’une communion fraternelle. Le culte va à Dieu seul. Mais soyons fraternels et non pas ingrats vis-à-vis de nos ancêtres qui ont forgé notre culture et envers lesquels nous sommes redevables.
Le Dernier Jour
Nous ne sommes pas obligés d'être, de nos jours, des eschatologiques, même si notre Bien aimé Maître, Iéshoua ben Yossef, l’était. Nous sommes au XXIème siècle et la Fin des temps (que Jean-le-Baptiste et Jésus disaient imminente) n’est pas encore arrivée ! Ceci dit, lorsque le soleil deviendra une étoile rouge, nous serons tous grillés et nos lacs asséchés, ce que nous disent les astronomes !
Que penser du destin, avec Ecclesiaste 3:1,2
La citation choisie ne porte pas du tout sur le destin. Pour le destin, voir la littérature grecque, ou encore saint Augustin. Pour Jésus, Dieu nous protège chaque jour (voir la parabole des petits oiseaux), mais nous avons à décider de notre futur, en choisissant de le suivre, en pardonnant aux autres, etc.
L'enlèvement de l’Eglise selon 1 Thes 4: 13 – 18
Là aussi faire attention aux citations car il s’agit dans ce passage de la résurrection des morts et pas du tout d’un supposé « enlèvement » (= ascension) de l’Eglise. Attention aux citations des « évangéliques » ou autres charismatiques qui sont souvent emportés bien au-delà des textes par leur pieuse ferveur ! Il faut lire les textes avec calme, sérénité et intelligence sans vouloir faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas forcément.
De retour de l’Exil, les Juifs ont ramené cette croyance zoroastrienne du Jugement dernier partageant les bons et les méchants. Jésus, avec tous les pharisiens, adhérait à cette croyance. Nous ne sommes pas obligés de le suivre dans cette croyance.
Esprit et âme, quelle est la différence ?
L’âme dans la philosophie grecque est une entité surnaturelle qui existerait en doublon de notre corps et qui pourrait s’en échapper au moment de notre mort. Les chrétiens ont adopté cette croyance. Dans la philosophie hébraïque (de l’Ancien testament), il y avait la croyance dans le « souffle » (rua) intimement lié à la vie et qui s’éteignait après notre mort. Voir par exemple le Livre de Job : tu me chercheras et je ne serais plus ! (Job à Dieu). Disons que, dans ce livre, l’âme nous colle à la peau jusqu’à notre mort !
L’Esprit est considéré (c’est une croyance et non une réalité objective !) comme une entité surnaturelle, moins personnalisée qu’une déité (pas de sexe, pas de nom, pas de caractère), ou même qu’un génie (lequel peut avoir un profil).
Que penser de la prophétie biblique ?
Quelle prophétie ? La Bible étant une bibliothèque, il faut parler des livres et des textes. Donc pas de réponse possible quant aux généralités, seulement que certains livres sont dit avoir été écrits par des prophètes.
Que penser de la foi selon Heb 11: 1
A noter que, dans ce passage, on ne parle pas de la croyance en Dieu (il n’y avait pas encore d’athéisme !), mais de la foi en un dieu titulaire (YHVH pour les Israélites) ou encore faire confiance à Jésus et le suivre dans sa voie (pour les nazôréens).
Au lieu de foi, on peut préférer parler de convictions (lorsqu’on en a !).
Parler en langue ? 1 Cor 12: 13 et 30
1 Cor 12 :13 ne correspond pas au sujet. Pour 1 Cor 12, 30, il faudrait savoir s’il s’agit du parler spontané en langues étrangères (au lendemain de la Pentecôte) ou du parler des anges (que personne ne comprend, pas même celui qui les parle – mais qu’un interprète inspiré peut seul comprendre selon la version chrétienne des choses)
Concrètement, de nos jours jours, il vaut mieux parler en nos langues, également en français et en anglais !
Quelles leçons pouvons–nous tirer du récit biblique relatif à Marie ?
C’est plus précisément un récit de l’Evangile de Luc (années 70-80) et non pas un « récit biblique » en général ! Il fait partie des récits mythiques fondateurs. Il affirme une relation directe de Jésus avec Dieu, dès sa naissance, qui sera développé plus tard dans le Prologue de Jean.
Que penser  de la messe catholique ?
Les chrétiens unitariens font le partage du pain et du vin au nom de Jésus. Chaque Eglise s’organise à sa façon et selon sa tradition (l’Eucharistie pour les catholiques, la Cène pour les protestants, le Mémorial pour les Témoins de Jéhovah, etc.). Nous n’avons pas à nous ingérer dans les affaires internes d’une autre Eglise.
Au niveau théologique, l’Eglise catholique pense qu’il y a transformation des espèces (donc sous l’apparence du pain et du vin, il y aurait le vrai corps et le vrai sang de Jésus, et non pas seulement leur sens symbolique ou spirituel). Comme on dit, on y croit ou on y croit pas. Dès lors que c’est métaphysique, on est d’emblée au niveau des croyances.
Qui dirige le monde actuel ? Dieu ou Satan ? Qui est Satan ?
Le Rwanda est dirigé par un président de la République, et ainsi de suite. Cette question n’a aucun sens pour un unitarien.
Qu’est ce le paradis ?
Dans l’Ancien testament, l’Homme et la Femme cohabitaient avec Dieu et étaient donc éternels ! Les jardins florissants de la Mésopotamie servaient de référence à cette vie heureuse. Avec le Zoroastrime (religion de la Perse antique), l’Homme et (sans doute la Femme aussi !) retrouveront le paradis après le Jugement dernier s’ils ont fait le Bien. L’islam a repris aussi cette espérance eschatologique. Là aussi, on y croit ou l’on y croit pas !
Le péché selon Rom 3: 23 et 1 Jean 5:17; 3,4
Les unitariens n’adhèrent pas (depuis Faust Socin, XVIème siècle) à la doctrine de la Rédemption. Jésus n’est pas mort à cause de nos péchés, mais, plus prosaïquement, parce qu’il était réformateur et en conflit avec les mouvances politico-religieuses de son époque (dont l’instance suprême du judaïsme qu’était le Sanhédrin)
La Résurrection selon Mt 28: 19, 20
Voir la rubrique « le tombeau de Jésus » dans les Etudes unitariennes ( lien).
Le sabbat
Le sabbat est suspension de tout travail chez les juifs, du vendredi soir lorsque tombe le jour, à l’aube du dimanche matin, afin de se consacrer entièrement au culte de YHVH. Jésus a dit que le sabbat était fait pour l’homme et non l’inverse : l’homme n’est pas esclave du sabbat et va retirer son âne du puit où il est tombé le jour du sabbat !
Salut et saints
Il y a là deux questions différente. On ne peut répondre qu’à une seule  à la fois. Pour ceux qui veulent plus, voir Napoléon Ier qui pouvait dicter plusieurs lettres à la fois ! L'Eglise catholique présente une liste de personnes qui ont été reconnues par elle comme étant saint ou sainte. C'est de sa seule responsabilité. Nous pouvons bien entendu nous inspirer du récit de ces vies qui nous sont présentées comme édifiantes.
Trinité 
Doctrine établie au IVème siècle (à partir du concile de Nicée en 325) selon laquelle Dieu est à la fois et en même temps Dieu le Père, créateur du monde, mais aussi Dieu le Fils Bien aîmé et Unique, et Dieu le Saint Esprit. A savoir une fusion des trois figures ternaires contenues dans le Nouveau Testament (Dieu, Jésus et l’Esprit). Pour comprendre ce genre de construction abstraite et symbolique, voir les triades indo-européennes (l’un des dossiers des Etudes unitariennes) (lien).

Nous avons terminé nos Journées en expliquant ce qu'était la cérémonie des fleurs (lien) comme signe d’unité, d’amour et d'échange en valorisant nos propres personnalités et en faisant de nos différences autant de richesses.

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