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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 10:38

Une cérémonie proposée pour les couples par Jean-Claude Barbier, article à la Une dans le bulletin n° 124, février 2013 de la Correspondance unitarienne. Traduit en italien par Giacomo Tessaro et mis en ligne sur le site du Projet Gionata (Progetto Gionata, portale sur fede e omosessualità) le 10 mars 2013, sous le titre " Gli Unitariani e il matrimonio religioso delle coppie gay " (lien).

Le gouvernement français a proposé que le statut actuel du mariage soit élargi aux couples homosexuels. Nos députés et sénateurs sont entrain d’en décider. Le débat s’est répercuté inévitablement au sein des communautés religieuses car certains couples homosexuels seront désireux d’une consécration de leur mariage civil par un « mariage religieux ». La hiérarchie catholique a déjà fait savoir sa position de refus d’une telle éventualité au nom des valeurs familiales. Les protestants – comme d’habitude ! – jouent la prudence et le profil bas (en attendant la tempête ?), mais d’ores et déjà des voix se sont exprimées parmi eux à titre individuel. Les fondamentalistes se basent sur la Bible ou le Coran pour refuser toute ouverture. Mais il s’agit ici de parler de nous et non des autres : quid du côté des unitariens français ?

Une première réflexion avait été menée au sein de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) en 2006-2007 (voir les deux articles mis ci-dessous en Documents), mais les participants de l’assemblée générale tenue à Paris en octobre 2007 préférèrent reporter le débat et la décision. Nous sommes maintenant, en quelque sorte, au pied du mur. Continuer à jouer les autruches, c’est considérer que notre association n’a rien à dire sur ce sujet qui pourtant est bel et bien religieux, au risque de perdre de son utilité !

Nous re-proposons la même réflexion qui avait l’avantage d’aborder la question sous un angle novateur, à savoir que le mariage relève des autorités civiles et non des communautés religieuses. Les argumentaires utilisées par celles-ci ne tiennent plus la route. La hiérarchie catholique présente toujours le mariage comme un sacrement qui serait un témoignage du lien sacré et intangible entre le Christ et son Eglise, mais il s’avère que les jeunes couples ainsi mariés ne tiennent pas souvent longtemps : l’hécatombe est de plus en plus importante ainsi que le manifeste le nombre croissant de divorces. Côté protestant, on est plus prudent et on n’a jamais parlé de sacrement, mais on procède toujours à une bénédiction nuptiale comme si ce rituel apportait un surcroît de grâce au bénéfice des époux ; or, là aussi, cette théologie providentialiste, où l’on croit en un Dieu agissant au coup par coup à la demande des prières de ses fidèles, a sérieusement du plomb dans l’aile et beaucoup de croyants n’y adhèrent plus.

La plupart des époux souhaitent pour leurs noces une cérémonie marquante. Or ils l’ont déjà car les mairies font le nécessaire dans des salons d’honneurs sous les lambris de la République : ensuite il y a le repas des noces et, pour les plus aisés ou les plus ostentatoires, un banquet somptueux. Il y a parfois chez certains une dépréciation de la cérémonie civile par comparaison avec ce qui se fera quelques instants plus tard devant le prêtre ou le pasteur, or ce sentiment n’est-il pas injustifié au sein d’une société ou la laïcité fait sens ? et ne relève-t-il pas d’un sens du sacré en tant qu’espace séparé, bien délimité. Or, si Dieu existe, on ne le conçoit plus comme tapi dans le saint des saints, ou comme se manifestant sur les seuls autels et dans les seuls lieux sacrés, mais bien plutôt comme présent dans tout l’univers, coexistant avec sa Création. Pour le croyant, ce qui se passe à la mairie se fait également sous le regard de Dieu puisqu’Il est partout, omniprésent. Nul besoin donc d’aller ensuite répéter la même scène dans un autre espace.
Canada--CUC-a-Ottawa.JPG

Alors que faut-il ajouter ? Un double religieux, certes « traditionnel », mais dont on vient de souligner le manque de fiabilité théologique ? Ou tout simplement une action de grâce à l’initiative des époux, remerciant Dieu pour la joie qu’ils vivent, et partageant celle-ci avec tous ceux qui les accompagnent en ce jour. Désormais le rôle des responsables religieux est d’accompagner le couple et d’organiser une telle cérémonie qui pourrait être une halte spirituelle entre le mariage civil et l’ouverture du banquet, ou bien encore se faire après au sein de la communauté religieuse. Les unitariens peuvent alors mettre à la disposition des époux des rituels adéquats qui relient les personnes présentes : le partage du pain et du vin au nom de Jésus, si l’assemblée est chrétienne ou bien la cérémonie des fleurs, si celle-ci est composite ; le choix des textes dans le Nouveau testament ou – selon les spiritualités en présence – dans d’autres grandes sagesses de l’Humanité, etc.

En recentrant la cérémonie sur les époux et en ne jouant plus l’intercesseur entre eux et Dieu, le responsable religieux n’a plus à accorder une quelconque autorisation. Dès lors l’action de grâce se fait à l’initiative des intéressés et ne dépend plus de conditions posées par une quelconque institution cléricale ; il s’ensuit que le responsable religieux n’a plus à s’interroger sur l’orientation sexuelle des couples pour savoir si la cérémonie est valable ou non.

Jusqu’à présent, les chrétiens unitariens français pouvaient adresser les couples en quête d’une cérémonie spirituelle à un pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), mais alors avec une bénédiction nuptiale, ou encore, toujours dans le style protestant, à l’Eglise unitarienne de Transylvanie (en allant à Budapest ou en Transylvanie ou encore en faisant venir un ministre du culte de cette Eglise). Par ailleurs nos voisins chrétiens unitariens italiens pratiquent la bénédiction nuptiale par un pasteur sur un couple homosexuel, à condition de l’un d’eux soit unitarien. Si la prochaine assemblée générale de l’AFCU en décide, tout couple chrétien y compris les couples homosexuels pourront faire une action de grâce à l’occasion de leur mariage ou au moment de leur convenance ; une action de grâce à Dieu ou à la Source de la Vie (selon leurs propres convictions). Les unitariens français seront alors les premiers à faire une telle proposition. Certes des bénédictions nuptiales se feront très certainement par des pasteurs à titre individuel, en quelque sorte en catimini, mais, quant à nous, il s’agira d’un accompagnement communautaire officiel et public, sans aucune ambiguïté et en toute clarté théologique.

(NB – compte tenu du contexte sociologique de l’Afrique noire, l’accompagnement des couples homosexuels ne peut pas s'y faire pour l’instant d’une façon publique. Nos amis unitariens africains le savent très bien et sauront trouver la façon qu’il convient pour apporter leur respect et réconfort spirituel à leurs compatriotes homosexuels).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans accompagnement spirituel des couples
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