Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Contacts

Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

Archives

15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 09:43

Datant du début du VIII° s, le calice d’Ardagh fut enfoui en terre pour échapper aux rapines et ne fut découvert qu’en septembre 1865, d’une façon tout à fait fortuite, en bêchant un jardin pour y planter des pommes de terre ! Ardagh est en Irlande, dans le comté du Kerry. Ce calice est fabriqué en métaux (bronze, argent et or) selon les normes de l’orfèvrerie celte. Il témoigne du christianisme celte lorsque celui-ci n’avait pas encore été " régularisé " par Rome.

En effet, contrairement à l’épopée semi-légendaire du missionnaire Patrick, le christianisme s’est diffusé en Irlande par osmose à partir des terres déjà chrétiennes : l’Angleterre (touchée par le christianisme deux siècles plus tôt) et le littoral des terres franques. L'évangélisation s’est faite par le " haut ", à savoir par les familles royales, celle des druides et celle des troubadours. Ce sont les rejetons de ces familles qu’on retrouve comme fondateurs de monastères (saint Ciaran, à Clonmacnoise, saint Kevin à Glendalough, saint Comball à Bangor, saint Colomba à Derry et Durrow, etc.).

vue du calice avec ses deux anses. La première photo est prise sur la décoration de celles-ci en premier plan et en présente un extrait 

Elle s’est appuyée principalement sur des monastères qui en quelque sorte reprenaient l’organisation druidique antérieure en y changeant le contenu, réunissant intra-muros des érudits, des savants, des artistes en de hauts lieux déjà fréquentés par les druides (le site des premiers oratoires était souvent des îles ou des sources sacrées). Au sein de ses monastères, les moines se consacraient aux enluminures bibliques comme en témoigne le livre de Durrow (milieu du VII° s.) et celui de Kells (fin VIII°s.) et aux travaux d’orfèvrerie. Ils reprenaient volontiers les motifs de décoration coutumiers. Il y avait bel et bien conversion au christianisme, signe de la modernité des temps de l’époque et des relations avec les peuples les plus riches, mais en douceur et sans rejet culturel brutal. C'est ainsi, par exemple, que la grande fête celtique de Samain (l’Halloween des Américains), le 1er novembre, est devenue la Toussaint et la fête des morts.

En 431, Rome envoie un certain Palladium comme évêque pour les Irlandais " croyant dans le Christ ", in Christum credentes. Puis Patrick l’année suivante. Le modèle voulu par Rome est assurément épiscopal comme le montre la création de l’évêché d’Armagh vers 445.

voir dans nos Actualités unitariennes, notre présentation de saint Patrick le 11 mars (" Les unitariens et le trèfle de saint Patrick ", " Saint Patrick : les serpents à la mer ")

Mais Rome est loin, coupée de l’Irlande par des pays parfois en guerre et qui ont leur indépendance, si bien que c’est la forme du monachisme qui va se développer dans l’île aux VI° et VII° siècles. Celle-ci est décentralisée puisque les monastères sont indépendants les uns vis-à-vis des autres et deviennent les véritables centres de la vie religieuse.

Dans un pays dépourvue de centres urbains, les monastères ruraux s’adaptent mieux que l’organisation épiscopale. Outre l’héritage artistique qui y est maintenu, le monachisme irlandais présente quelques particularités liturgiques qui diffèrent d’avec Rome : la date de Pâques, les rites du baptême … et une tonsure particulière ! Rome rectifiera tout cela à partir de la fin du VII° siècle et fera de saint Patrick la figure (ecclésiale) dominante.

Pour plus d’informations, vous pouvez lire les travaux de l’historien nantais Jean Guiffan http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/saint_patrick_et_la_christianisation_de_l_irlande.asp

Dès lors, ce calice d’Ardagh est non seulement prestigieux par son orfèvrerie "barbare", mais pour nous, unitariens, qui avons pour la plupart une tradition congrégationaliste, il est signe d’une Eglise non centralisée, ouverte aux initiatives locales, valorisant le lien social à partir d’en bas. En cela, il est plus le signe d’une communion locale, populaire, que du rattachement à une hiérarchie plus ou moins lointaine.

Partager cet article

Repost 0

commentaires