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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 01:38

" Pour que l’unitarisme garde toute sa place parmi les chrétiens du monde entier "

Manifeste d’Avignon, le 17 août 2007, de la part des associations chrétiennes unitariennes  britannique, française, italienne, burundaise et congolaise

 

 

Depuis les années 1990, les associations de chrétiens unitariens se multiplient : l’Unitarian Christian Association (UCA, fondée en 1991), l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU, 1996), l’Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB, 2002), la Congregazione italiana cristiano unitariana (CICU, 2004), et l’Assemblée des chrétiens unitariens du Congo (ACUC 2004). Elles contribuent à l’expansion de l’unitarisme dans des pays où cette tradition n’existait pas. Les quatre dernières d’entre elles ont été reconnues " groupe émergent " par le Conseil international des unitariens et des universalistes (ICUU) en avril 2006.

 

Ce manifeste n’est pas un credo ni une confession de foi, mais le résultat d’une réflexion afin de positionner ces associations nouvelles, d’une part, par rapport aux Eglises et aux congrégations historiques qui existent en Transylvanie, Hongrie, Grande-Bretagne et Etats-Unis et, d’autre part, par rapport à l’unitarisme-universalisme, qui se présente comme une nouvelle religion détachée de ses racines chrétiennes.

 

Un tel positionnement se fait d’une façon positive et constructive, complémentaire aux formes déjà existantes de l’unitarisme ; en aucune façon il n’est une opposition. Mais il se veut une explication claire et nette afin d’éviter les présentations floues, évasives, voire ambiguës. La diversité de l’unitarisme contemporain est une richesse dont nous sommes parfaitement conscients ; elle ne doit en aucune façon être une confusion ou donner l’impression d’une théologie laxiste, sans points de repère.

 

Né du courant anti-trinitaire au sein des réformes protestantes au XVI° siècle, l’unitarisme est un mouvement d’origine chrétienne caractérisé par :

- une théologie monothéiste radicale (Dieu Un) qui implique le rejet du dogme de la Trinité et de celui de l’Incarnation ; même si nous pensons que Jésus est pleinement habité par Dieu comme nous sommes tous invités à l’être, Jésus est un homme comme un autre.

-  l’enseignement de Jésus tel qu’il nous est transmis par les évangiles, les autres textes du Nouveau testament, et les apports de certains évangiles apocryphes comme par exemple celui de Thomas,

- une acceptation de la raison et des progrès scientifiques, notamment l’exégèse moderne et l’archéologie du 1er siècle qui nous permettent de mieux comprendre qui fut Jésus réellement,

- l’affirmation de la liberté de pensée et le rejet de tout dogme obligatoire,

- le mode d’organisation épiscopalien sous une forme presbytérale-synodale, congrégationaliste ou encore associatif qui fait que chaque Eglise ou communauté locale est libre de ses orientations et des relations qu’elle établit avec d’autres communautés.
 

Les chrétiens unitariens affirment leur solidarité vis-à-vis de leurs Eglises historiques qui ont maintenu cette foi. Elles ont notamment la plus grande révérence vis-à-vis des Eglises hungarophones qui, pour eux, sont premières dans l’ordre de la considération au sens où l’entendait, à propos des Juifs, Paul dans son épître aux Romains (chap. I, 16) et Jean de Patmos dans l’Apocalypse (chap. VII, 4-9). Ce profond respect en regard de leur ancienneté est volontaire et filial ; il n’est nullement une subordination ni un devoir d’obéissance ; ces Eglises historiques ne donnant d’ailleurs aucun ordre.

 

Le culte chrétien ne se limite pas à des discours (des sermons, des prédications, des méditations, etc.), même s’ils sont très intéressants et fort éloquents. Ce culte n’est pas une conférence, ni un club de discussion. L’assemblée s’adresse à Dieu (ou autre appellation équivalente). Elle le loue en tant que Créateur de ce monde ; elle le remercie pour la vie qu’il nous a donnée ; c’est le sens du Thanksgiving.

 

Le culte chrétien est aussi l’occasion de reproduire les gestes bien précis que fit Jésus, qui font sens pour notre foi et qui ont été repris par notre tradition : au moins le baptême et le partage du pain et du vin (en anglais le Lord’supper), auxquels on pourrait ajouter les gestes historiques que sont également le lavement des pieds, l’onction avec de l’huile, l’imposition des mains, etc. Le seul allumage d’une bougie ne saurait remplacer ces rituels. Nous n’avons pas à affadir nos cérémonies, ni à les diluer dans de l’eau, sous le prétexte de les rendre accessibles au plus grand nombre ou à les moderniser.

 

Dieu nous ayant déjà donné la vie et toute sa grâce, nous ne pensons pas que ces gestes soient des sacrements qui nous donneraient des gratifications supplémentaires. Ces gestes nous relient tout simplement à notre maître spirituel, Jésus, que nous aimons et à qui nous voulons être fidèles. Ils fondent une fraternité entre nous et nous invitent à aimer tous les hommes.

 

Au-delà de ces rites chrétiens, c’est bien entendu à chaque communauté de trouver les modes d’expression spirituelle qui lui conviennent.

 

Lorsque les chrétiens unitariens se retrouvent au sein d’une assemblée composite (en anglais : multi-faith), où il y a d’autres croyants, des agnostiques et des non-croyants pour qui les rituels chrétiens ne font plus sens, ils peuvent alors inviter au partage des traditions spirituelles de ceux qui sont présents. Dans ce cas, chacun peut présenter ce qui fait sens pour lui ; aux chrétiens qui sont présents d’apporter le pain et le vin en leur donnant le sens qui est dit dans la Didachée : le fruit de la terre et du travail des hommes.

 

Ils peuvent également proposer la cérémonie des fleurs telle qu’elle a été mise au point par le révérend tchèque Norbert Capek en 1923, ainsi que l’allumage de la flamme de notre calice (en expliquant sa signification historique, à savoir un signe de liberté et de résistance dans le contexte du nazisme).

 

L’unitarisme dispose d’une théologie, d’une histoire, d’une tradition à la fois spirituelle et culturelle, de rituels qui lui sont propres (le calice à la flamme, la cérémonie des fleurs). Nous en sommes extrêmement fiers et nous n’avons aucune raison d’abandonner le champs du christianisme qui a vu naître notre mouvement. Au contraire, nous avons à collaborer avec tous les autres chrétiens qui le souhaitent pour construire un christianisme moderne, d’esprit libéral, plus fidèle à ses origines. En ce sens, nous lançons un appel pressant pour que les chrétiens unitariens européens participent activement, en tant que tels, au Réseau européen des protestants libéraux (ELPN).

 

En réaffirmant un monothéisme radical (Dieu Un), le christianisme unitarien permet d’établir des relations de continuité théologique avec le judaïsme et l’islam. L’obstacle majeur au dialogue inter-religieux avec ces religions réside en effet en la divinisation de Jésus.

 

Au XX° siècle, des congrégations unitariennes ont décidé de ne plus faire de la foi chrétienne (Dieu Un et référence à l’enseignement de Jésus) un préalable à la cooptation de nouveaux membres. Des assemblées sont ainsi devenues, progressivement, hétérogènes (multi-faith). C’est pourquoi, les unitariens qui entendent rester fidèles à leur tradition d’origine se disent " chrétiens unitariens ". Auparavant, cette appellation était un pléonasme puisque tous les unitariens étaient chrétiens. Afin de lever toute ambiguïté sur notre foi, c’est cette appellation, que nous recommandons expressément pour sa clarté.

 

L’unitarisme-universalisme se présente comme une nouvelle religion qui a tout son intérêt par son approche d’emblée universelle du fait religieux. Nous partageons avec lui beaucoup de choses, notamment la première partie de notre histoire (jusqu’au penseur américain William Ellery Channing), notre référence à Michel Servet (son œuvre et son martyre), notre solidarité avec l’Eglise unitarienne de Transylvanie, les rituels unitariens que sont la cérémonie des fleurs et le calice à la flamme, notre conception libérale de la religion chrétienne et des autres corpus religieux, etc. Nous avons à établir des relations de partenariat, de solidarité et d’amitié, ce qui est déjà le cas au sein de l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU). La même attitude est à conseiller au niveau de chaque pays où existe une communauté UUiste.

 

L’ICUU a été fondé en 1995 à partir de trois familles spirituelles : l’unitarisme (englobant nos Eglises historiques et les associations de chrétiens unitariens), l’universalisme (à savoir la mouvance qui était celle de l’Eglise universaliste, laquelle fut une Eglise chrétienne aux Etats-Unis de 1779 à 1961), enfin l’unitarisme-universalisme (né en 1961 de la fusion entre les congrégations unitariennes américaines et cette Eglise universaliste). Les chrétiens unitariens, avec les Eglises historiques restées fidèles à l’origine de l’unitarisme au XVI°, forment une composante importante de cet ensemble et entendent garder leur propre identité. C’est la condition d’un dialogue respectueux des autres et d’échanges fructueux, loin de toute fusion ou dilution, loin de toute confusion et ambiguïté, loin aussi de tout impérialisme culturel et religieux. En ce sens, nous précisons que l’ICUU s’écrit avec un " and " (Unitarians and Universalists), et non pas avec un trait d’union (en français), ni avec une astérisque.

 

L’ICUU est un espace de rencontre tout à fait approprié et les chrétiens unitariens entendent y participer en toute loyauté. Ce serait une erreur d’envisager une instance internationale séparée qui serait réservée aux seuls chrétiens unitariens. De même, toutes nos activités sont ouvertes à tous les unitariens de toutes les sensibilités.

 

Puisque l’ELPN existe depuis 1998, les chrétiens unitariens européens entendent mettre à profit ce réseau pour mieux se concerter et se rencontrer, ceci en relation étroite avec leurs amis protestants libéraux.

 

Nous souhaitons que tous les croyants et humanistes du monde entier participent à l’avènement de sociétés inter-convictionnelles où règnent la liberté de conscience et non la pensée unique, la complémentarité des engagements de chacun et non les rapports de force, la laïcité et la démocratie qui sont nécessaires au dialogue loin de tout fanatisme, le respect de la vie et de notre environnement afin de transmettre un monde meilleur aux générations futures. Pour nous, chrétiens unitariens, nous avons la joie de contribuer à une Création, faite par Dieu à l’origine des temps, toujours en expansion, allant vers plus de progrès, plus de solidarité, et porteuse d’intelligence et d’amour.

Avignon-by-night--samedi-18-ao--t-07--le-gerfaut--oiseau-embl--matique-d-Avignon--r--duction-50-.JPGsur le blason de la ville d'Avignon, deux gerfauts tiennent les trois clefs de la cité. Photo J.-C. Barbier, mosaïque du pavement de la place de l'Horloge.

Ce manifeste a été publié par la Correspondance unitarienne dans son bulletin du mois de septembre 07, n° 71, mis en ligne sur le site "Profils de libertés". 

Une version en italien a été publié par le site "Unitariani" de la Congregazione italiana cristiano unitariana (CICU), ainsi qu'une version en anglais qui sera publiée par la revue bimestrielle The Herald de l'Unitarian Christian Association (UCA).

Ce document a été signé par les associations chrétiennes unitariennes de Grande-Bretagne (UCA), de l'Italie (CICU), de France, Belgique francophone et Suisse romande (AFCU), du Burundi (ACUB), du Congo (ACUC), du Congo RDC (Lisanga ya bandimi na Nzambe), du Togo (ACUT) ; enfin par des personnes individuelles, Jean Monod (France), la pasteur Maurisa Brown Latham (Etat-Unis, Unitarian Ministries). Il a été traduit en norvégien par le Knut Heidelberg (pasteur de l'Eglise unitarienne de Norvège) et en espagnol  par Mariano Salguero de la Iglesia Cristiana Unitaria de Argentina.

Pour tous ceux qui souhaitent signer ce manifeste, vous pouvez envoyer vos coordonnées à Jean-Claude Barbier, courriel 

Le site de l'AFCU a ouvert une rubrique "Le manifeste d'Avignon" où vous pourrez trouver les conditions d'élaboration de ce manifeste.

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