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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 15:06
Notre association, l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) apporte sa pleine solidarité à Terre du Ciel dont on connaît les revues de grande qualité et l'excellence de ses séminaires d'échange d'expériences et de formation aux diverses spiritualités. Une perquisition de la Gendarmerie a eu  lieu dans les locaux de cet organisme, le jeudi 7 janvier 2010, et la raison n'en a toujours pas été donnée.

Les unitariens suivent cette affaire avec attention. Vous trouverez deux articles sur le site des Actualités unitariennes qui répercutent des circulaires d'information de Terre du Ciel : un premier article en date du 21 janvier, intitulé " Non, Terre du Ciel n'est pas une secte ! " (lien)
, et un second " les unitariens manifestent leur soutien à Terre du Ciel " (lien), ce 22 mars.

chardenoux_terre-du-ciel.jpgle domaine de Chardenoux en Bresse bourguignonne (71 500 Bruailles), siège de Terre du Ciel
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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 13:28

parole_et_libert___touraine_.gifLe bureau en exercice et le Conseil d'administration de l'AFCU vous invitent très fraternellement à participer à l'assemblée générale prochaine qui aura lieu à Nantes, le samedi 6 mars prochain à l'adresse suivante : chez M. et Mme Barbier, 33 rue d'Armorique, Thouaré-sur-Loire (44470, banlieue Est de Nantes).

A l'ordre du jour : vote du quitus des rapports des membres du bureau et élection d'un nouveau bureau (Jean-Charles Sikner, président ; Régis Pluchet, secrétaire général, François Arnault, trésorier).

Pour ceux qui ne peuvent pas venir à l'AG :

faire parvenir votre cotisation au cas où vous ne seriez pas à jour ou si vous êtes un nouvel adhérent, au trésorier, soit un chèque à l'ordre de l'AFCU ou en espèce de 20 euros : Jean-Claude Barbier, Résidence les Saules, bât. C1, avenue du Maréchal Juin, 33170 Gradignan, tél. 05 40 32 56 12, courriel

et envoyer une procuration à l'un des membres du bureau * ; si possible par courriel et sans mentionner le mandaté afin que le président de séance puisse ventiler les procurations selon les présents.
* Noëlle Colle (présidente) ; Michel Jamet (secrétaire général),  ; Jean-Claude Barbier (trésorier),

épilogue (ajout du lundi 8 mars)

A la suite de cette AG, l'AFCU s'est dotée d'un bureau entièrement renouvelé et rajeuni, lequel pourra s'appuyer sur au moins une vingtaine d'adhérents français et francophones des pays voisins, à jour de leur cotisation, et une vingtaine d'autres dans les communautés partenaires d'Italie et d'Afrique noire. Ont été élues les personnes qui s'étaient portées candidates.


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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 12:22
L’unitarisme contemporain, avec ses diverses sensibilités (chrétienne unitarienne, universaliste, unitarienne-universaliste), s’affirme comme religion libérale : pas de dogme, pas de doctrine, pas de profession de foi obligatoire. Les unitariens  adhèrent à des principes éthiques, ceux énoncés par son réseau mondial, l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU).

Les chrétiens unitariens, bien entendu, rendent un culte à Dieu (et sont donc des croyants) et se réfèrent à la personne de Jésus et à son enseignement (ils en sont ses disciples et donc sont des chrétiens). Ils sont donc des confessants (Dieu, Jésus), mais dans un sens minimaliste du terme.

Cette attitude libérale du vécu de leur religion est partagée par d’autres mouvances religieuses : les protestants libéraux, les catholiques des mouvances réformatrices et progressistes, les juifs libéraux, les soufis, les musulmans « laïcs », etc. Les unitariens n’en ont donc pas le monopole et nombre d’entre eux militent au sein de l’International Association for Religious Freedom (IARF) / Association internationale pour la liberté religieuse, laquelle s’adresse à tous les « libéraux » sur le plan théologique.

A l'inverse, des religions ou encore des philosophies, et c’est pleinement leur droit, peuvent affirmer des dogmes, des doctrines, et développer des professions de foi.

Un dogme est un point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable, dans une religion, une école philosophique, etc. On parlera d’article de foi lorsqu’il s’affirme en dehors de tout raisonnement rationnel. Dans les philosophies antiques, celles dites dogmatiques admettent certaines vérités, affirment des principes ; par contre les « sceptiques » et les pyrrhoniens s’y refusaient.

Pour les religions, les dogmes s’ajoutent à l’affirmation de Dieu ou de dieux (laquelle est une croyance et non un dogme). Le catholicisme est le christianisme qui a le plus énuméré de dogmes. Les protestants du XVIème siècle (hormis les unitariens) ont maintenu les dogmes des conciles dit « œcuméniques », ceux du 1er millénaire, y compris celui qui affirme que Marie est mère de Dieu (mais, toutefois, les protestants ne lui rendent pas de culte). La dogmatique est la science qui traite des dogmes. Un dogmatiste va, dans ses argumentaires, partir des dogmes.

Par contre, lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il est dogmatique, le sens est différent : il ne s’agit plus seulement de quelqu’un qui adhère à des dogmes (ce qui est de son libre choix), mais de quelqu’un qui exprime ses opinions d’une façon abrupte, catégorique, péremptoire … ce qui coupe court à tout dialogue. Dans ce cas, cela relève davantage du caractère de la personne, de sa sociabilité, que de ses croyances proprement dite.

Une doctrine peut bien entendu partir d’un ou de plusieurs dogmes, mais elle en est alors la version enseignante. C’est un ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action. On parlera d’un corps de doctrine. Un doctrinaire est un philosophe, un théologien ou un homme d’action qui développe une doctrine particulière. Il peut être libéral dans ses propositions et son travail s’inscrit toute à fait dans le contexte d’une société démocratique et plurielle. Là aussi on dira d’une personne qu’elle a un ton doctrinal lorsque son style est cassant, sans appel.

Une attitude radicale consiste à affirmer un point de vue qui, à une époque donnée et dans un contexte historique, a pu ou est encore considérée comme extrémiste. Au sein du christianisme, et depuis l’anti-trinitarisme du XVIème siècle, les unitariens sont considérés à juste titre comme des radicaux. Au XVIème siècle ils l’étaient avec les anabaptistes (certains historiens regroupent les deux mouvances pourtant différentes dans une même appellation de Réforme radicale)

Gemppi-yeux-rouges.jpgPar contre la secte, au sens moderne du terme *, désigne un mouvement qui s’affirme seul vrai, détenteur de la vérité, alors que les autres sont dans l’erreur. Démocratiquement, de telles prétentions sont ridicules et inadmissibles. Le sectaire se fait le prosélyte d’une doctrine qu’il présente non seulement comme étant excellente pour lui, mais nettement supérieure aux autres, sinon la seule valable et la seule possible. Toutes les autres sont erronées, sinon l’œuvre de complots internationaux (en attendant d’être interstellaires !) ou de Satan.

* selon le sociologue allemand Max Weber (1864-1920), le "type idéal" de la secte corespond à un mouvement scissionniste à cause d'une position nouvelle et radicale de sa part. Il part de l'exemple des premiers chrétiens par rapport au judaïsme rabbinique, au encore des protestants du XVIème siècle. Ensuite, la secte est amenée à arrondir ses angles, à négocier sa durée au sein de la société globale, à accepter des compromis. Malheureusement pour cette théorie qui se veut générale, il arrive que des mouvements "radicaux" se radicalisent encore plus au cours du temps !

Le sectaire – toujours au sens moderne du terme (et non wébérien) * – est contre les autres. Il peut vivre ses convictions en constituant avec d’autres personne de même opinion une communauté intra-muros, prophétique, en attente du futur – avec le risque d’un enfermement pour les enfants lorsque ceux-ci sont éduqués exclusivement par la communauté confessante ; ou encore en voulant imposer sa vérité à la société « pourrie » par une subversion politique, voir même des moyens violents et criminels : de fanatique, il devient alors vite terroriste *.

* comme dans le cas de l'islam djihadiste.

Les chrétiens unitariens sont des "radicaux" dans leur religion puisqu’il rejettent le dogme trinitaire qui est pourtant très largement accepté par les autres chrétiens, mais ils n’en sont pas pour autant "sectaires" puisqu’ils reconnaissent le baptême des autres et partagent volontiers avec tous le pain et le vin au nom de Jésus (la fraction du pain dont parle les Actes des apôtres). Ils ne disent pas que leur confession est supérieure mais, tout simplement, que c’est leur choix, leur façon de comprendre et de vivre le message évangélique.

Ce sont des "tolérants" car ils sont ouverts au dialogue et à la prière partagée avec tous les autres croyants sans exiger au préalable une profession de foi. Leur Eglise est ouverte à tous les hommes de bonne volonté. Dans le cas de l’unitarisme-universalisme, les autres croyants et les non croyants en Dieu (agnostiques et athées spirituels) sont tout à fait acceptés à part entière au sein des assemblées locales (lors des cultes, pour l’accès aux responsabilités, etc.).

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:52

Tout d’abord : à toutes et à tous joyeux Noël car nous célébrons l’arrivée de Jésus sur terre !

Chers chrétiens unitariens qui, par vents et marées, êtes restés fidèles à notre association parrainée par Théodore Monod - dans la lignée de Michel Servet et, plus près de nous, d’Albert Schweitzer – j’aurais envie de reprendre l’apostrophe fameuse de Diogène avec sa lanterne : " Je cherche un homme …". En fait, plusieurs chrétiens unitariens, hommes et femmes, jeunes ou "encore" jeunes, disposés à prendre le relais de leurs Anciens et ce dès notre prochaine assemblée générale que nous avons prévue de tenir à Nantes au siège de l’association le samedi 6 mars 2010.

Il ne s’agit pas seulement d’une – nécessaire – relève de générations car l’AFCU doit pouvoir, doit vouloir évoluer avec son temps :
- cette première moitié du 21ème siècle aura connu un bouleversement irréversible des modes de communication entre les hommes : Internet est passé par là ! Les politiques le savent bien qui ne vont plus sous les préaux à la rencontre de leurs électeurs.
- nous avons échoué comme tant d’autres, face à l’omniprésence de la "Toile", sinon à créer du moins à faire vivre durablement des groupes de rencontre régionaux à même de se retrouver à Paris ou dans l’une ou l’autre de nos grandes métropoles provinciales.


Il faut en prendre acte d’autant qu’à l’inverse le succès est au rendez-vous quant au nombre de "visites" de nos sites dédiés sur Internet, blogs et autres groupes de discussion ouverts sans aucun esprit de chapelle à tous les points de vue. Je pense à la poésie d’Aragon : "Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas".

Noëlle ColleJe tiens à rendre ici au nom du Bureau et au-delà un hommage mérité à Jean-Claude Barbier, notre indispensable webmaster (comme il se définit lui-même) qui ne ménage ni son temps, ni sa peine, ni son talent pour permettre à l’AFCU d’exister sur cette "Toile".

Notre secrétaire général Jean-Pierre Babin a dû, en cours d’année, alléger considérablement ses activités pour raisons de santé et il a demandé à Michel Jamet, ancien trésorier de l’AFCU de "reprendre du service" en assurant son intérim jusqu’à l’AG.

Noëlle Colle à l'assemblée générale de mars 2009 à Nantes


C’est donc à Michel que reviendra la charge, en étroite concertation avec Jean-Claude, de prendre les contacts indispensables avec toutes celles et tous ceux d’entre vous qui pourraient rejoindre l’association et permettre le renouvellement du bureau de l’AFCU. La présidente "excentrée" que je suis (car je demeure dans le Var) s’efforcera, jusqu’à l’AG de mars où je quitterai mes fonctions, d’aider dans toute la mesure de mes moyens nos deux "chevilles ouvrières" que je viens de citer et que je remercie.

Merci à toutes, merci à tous, vous qui me lirez, de répondre à cet appel et de prendre contact dès que possible avec Michel Jamet et Jean-Claude Barbier, je rappelle ici leurs coordonnées, mais je sais que nombre d’entre vous les connaissent déjà.

Michel Jamet, lesmichels@numericable.com

Jean-Claude Barbier, barbierjeanclaude@wanadoo.fr


Votre présidente,
Noëlle Colle

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 19:07

Polly GuildLa révérende américaine Polly Laughland Guild (1924-2009) est décédée à Weston, dans le Massachusetts, où elle habitait le samedi 7 novembre 2009

Déjà très active au sein de l’International Association of Religious Freedom (IARF), elle s’est investie, avec son mari Ted, au début des
années 1990, dans le programme international de l’Unitarian Universalist Association (UUA). Dans ce cadre, elle a participé à la mise sur pied du réseau mondial des unitariens, l’International Council of Unitarians and Universalsits (ICUU) en 1995. Coordinatrice bénévole, elle assura la gestion du site de cette organisation jusqu’en 2008, tenait les archives, était en relation avec les groupes émergents partout dans le monde. Sa disparition soulève beaucoup d’émotion. Ses obsèques ont eu lieu à la Follen Church Society (http://www.follen.org ), à Lexington, dans son Etat ; elle en était révérende émérite. 

C’est l’occasion, en saluant sa mémoire et son œuvre, de dire combien ce réseau mondial est une réussite. Il mobilise tous les deux ans près d’une centaine de personnes pour une rencontre internationale et intercale des symposiums théologiques dont le 3ème se tiendra à l’ancienne abbaye de Rolduc aux Pays-Bas (à Kerkrade) en juillet prochain. Son fonctionnement est celui d’un réseau et non d’une fédération, c’est-à-dire qu’il se présente comme un lieu de rencontre mais n’impose aucune directive à ses membres sinon une invitation à se relier.

Au sein de l’Eglise chrétienne, ce fut en principe le rôle de Pierre et de ses successeurs, mais le fait de relever d’une seule Eglise, celle de Rome, entraîna la dérive monarchique que l’on connaît. Par contre, géré d’une façon démocratique, avec des membres statutaires et un bureau exécutif élu, l’ICUU est un organe commun où toutes les communautés nationales sont les bienvenues et à égalité.

L’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) a été reconnue en avril 2006 comme groupe émergent et a représenté la France jusqu’en mars 2009, date à laquelle, le Conseil des unitariens et des universalistes français (CUUF) (lien) à pris le relais.


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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:42

"Unitariens au Burundi : temps de défis, moments d’espoir", message de Fulgence Ndagijimana, président de l'Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB), novembre 2009.

Chers amis. L’Eglise unitarienne du Burundi a 6 ans d’existence et est en train de grandir. Elle a 60 membres adultes qui se rencontrent régulièrement pour les cultes. Elle mène des activités sociales : un micro crédit en faveur des femmes, un programme d’éducation civique, et la défense des droits d’un groupe ethnique minoritaire (les Batwas, qui sont des Pygmées de ce pays).

Le contexte religieux est dominé par l’Eglise catholique qui regroupe près de 90% de la population ; des différentes dénominations protestantes et évangéliques 7% et des musulmans 3%. A noter que les religions coutumières au Burundi sont quasi inexistantes tant la suprématie de l’Eglise catholique et la colonisation ont été des succès, et elles ne sont pas reconnues par l’Etat.

La République du Burundi est laïque et sépare donc, en principe, les affaires de l’Eglise et de l’Etat. Mais les Eglises établies ont usé de leur influence pour susciter un projet de loi en cours de discussion à l’Assemblée nationale ; projet qui apporte des restrictions aux jeunes et nouvelles Eglises. Certaines des restrictions envisagées portent sur le niveau de formation des leaders, l’obligation des Eglises d’avoir une alternance à leur tête comme toute autre association ASBL, à être propriétaire d’un lieu de culte et à le construire en dur, etc. Lorsque cette loi sera votée, ce qui est très probable, les Eglises auront 6 mois pour s’y conformer.

Ensemble avec notre Eglise partenaire du Michigan, dans la ville de Kalamazoo, People’s Church, nous venons de lancer une campagne pour collecter 40.000$ afin d’acheter le terrain et d’y construire un lieu de culte temporaire. Un architecte local a accepté de préparer le plan d’un futur centre. La congrégation unitarienne du Burundi lance une campagne ce mois-ci auprès de ses propres membres afin de commencer à collecter des fonds, et les membres vont aider à la construction à la mesure de leur capacité. Mais nous ne pouvons pas seuls mener à bien ce projet et c’est pourquoi nous sollicitons votre aide individuelle ou celle de votre association ou congrégation.

L’arrangement est d’envoyer les dons à l’attention de People’s Church in Kalamazoo, Michigan.
La révérende Jill McAllister coordonne cette collecte de fonds aux Etats-Unis et au Canada et auprès des autres groupes membres de l’ICUU.
Contact : minister@peopleschurch.net, People’s Church, 1758 N. 19th St. Kalamazoo, Michigan 49009, tél. 269-381-1783

Contact pour la France : Grégoire Maury, président du Conseil des unitariens et universalistes français (CUU), snooz2020@yahoo.fr, 54bis rue Grande, 77720 Bombon.


Burundi_aide_aux_femmes.JPG
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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 18:51

par Michel Jamet

Par un hasard "pas croyable" (et vrai) j’ai rédigé le même jour que le pasteur Louis Pernot (le 27 septembre 2009) le coup de gueule
du chrétien de base que je suis à l’encontre de Calvin en général et de la doctrine de la prédestination en particulier. Et bien entendu je n’avais pas encore pu prendre connaissance de la teneur de l’homélie prononcée le même jour à l’Etoile ...

Et quelque part c’est tant mieux : je venais juste de suivre à Nantes un cycle de conférences censé célébrer le 500ème anniversaire de la naissance d’une des deux figures marquantes de la Réforme, Calvin le Genevois ... Il n’y a donc pas pu y avoir interférence - vu la date - entre le savant propos du pasteur-théologien parisien et mon billet d’humeur, celui de l’uomo qualunque (comme on dit en italien).

L’AFCU m’a demandé d’introduire et de présenter les textes des pasteurs P-J Ruff et L. Pernot sur ce thème – si controversé – de la prédestination divine, je m’exécuterai de façon simpliste :

Avec chacun son vocabulaire propre, les deux "spécialistes" se rejoignent sur l’essentiel :
pris tel quel au pied de la lettre, le texte de Calvin (lui-même démarqué de saint Augustin) est "invendable" aux chrétiens d’aujourd’hui - rappelons-le au mot près, ça vaut la peine : "Nous appelons prédestination le projet éternel de Dieu qui a déterminé ce qu’Il entendait faire de chaque homme. Car Il ne les crée pas tous en même condition (…) mais ordonne les uns à la Vie éternelle et les autres à l’éternelle damnation". 

Je citerai en premier le pasteur L. Pernot : " Aujourd’hui plus grand monde n’admet cette doctrine de la prédestination calvinienne, même chez lez protestants (...) " ... et quelques lignes plus loin : "Il s’agit d’une thèse théologique personnelle à laquelle aucun protestant n’est obligé de souscrire ... " que tempère (très… habilement) cette nuance : "... les damnés n’en souffrent pas, ils sont tellement éloignés de Dieu et de tout cela qu’ils n’en ont même pas l’idée. Ils sont du rien qui retourne au rien ... ".

Et le pasteur P.-J. Ruff, qui cite Karl Barth et sa double prédestination : "Nous sommes tous pécheurs et nous sommes tous sauvés par la miséricorde de Dieu" ... mais qui conclut : " Pour moi, la grâce ou l’amour de Dieu ne sont eux-mêmes que s’ils ne sont pas sélectifs ... ".

Le mot de la fin je le laisse à un ami catholique, agrégé d’Histoire qui m’écrivait hier. " D’un papiste ouvert aux Lumières à un parpaillot large d’esprit : j’essaie de prolonger ma relative indifférence pour l’Au-delà : je suis convaincu que l’enfer est vide ! ". La messe est dite
.

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Published by Michel Jamet - dans le vocabulaire religieux
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 08:19

"La prédestination pour les nuls", par le pasteur Louis Pernot, Eglise réformée de l’Etoile, prédication du dimanche 27 septembre 2009, Eph 1:3-14 ; Rom 8:29:30 ; Eccl 9:7-9. Enregistrement audio en fichier mp3


La question de la prédestination est souvent posée aux protestants. On sait en effet que Calvin s'est illustré en défendant avec beaucoup de vigueur cette théorie. Pourtant, peu de gens savent effectivement ce qu'il faut en comprendre. Pour beaucoup, l'idée de prédestination évoque celle d'un destin écrit à l'avance, comme si Dieu avait "préprogrammé" tout ce qui devait arriver dans notre vie ... Il y a évidemment la notion de "destin" qui est là sous-jacente : c'est ainsi par exemple que lorsque quelqu'un échappe à un grave danger, certains disent "ce n'était pas son heure ..." - ce qui laisse supposer que l'heure de sa mort future était déjà écrite quelque part dans le ciel ...

Or, ce n'est pas du tout de cela qu'il est question dans la notion de "prédestination" :


Ma lecture de l'Évangile me conduit à être absolument hostile à ce genre de pensée dès lors que je crois qu'il n'y a pas de "destin" dans nos vies. Mais que l'avenir est ouvert, pour nous comme pour Dieu. Je crois que nous avons en Christ une vraie liberté. Et que nous ne faisons pas dans notre vie que dérouler le fil d'une histoire qui serait écrite par avance. D'ailleurs, dans la Bible, nous voyons sans cesse Dieu devoir s'adapter aux décisions des hommes, et justement, le principal de la prédication des prophètes est de mettre en garde, d'inviter à se repentir, à changer de voie ...


Il y a donc bien là l'idée que l'homme est responsable de ses propres choix, que Dieu peut nous inviter à en préférer certains à d'autres, mais qu'Il ne peut pas nous imposer quoi que ce soit - ni même d'une certaine manière "pré-voir" ce que l'homme décidera.
C'est toute la notion "d'alliance" qui est présente là et une alliance ne peut se concevoir qu'entre individus souverains et libres.


Mais pour revenir à la prédestination calvinienne, il s'agit de tout autre chose donc. C'est une doctrine qu'il n'a pas inventée, mais qu'il a reprise de Saint Augustin.
Et pour l'un comme pour l'autre, la prédestination ne concerne pas les actes quotidiens, ni ce que l'on peut faire matériellement dans sa vie, ni ce qui nous arrive, mais concerne notre salut, à savoir que notre salut ne dépend pas de nous, mais seulement du décret éternel de Dieu qui destine chaque homme au salut, ou à la perdition.


On comprend comment Calvin a pu en arriver là. Dans le christianisme médiéval, on prêchait souvent une forme de salut par les œuvres, en brandissant la menace de l'enfer. Le but était certainement, par la perspective d'un châtiment, d'inciter le peuple à bien se comporter, mais cela avait un effet négatif et utilisait des ressorts égoïstes incitant à faire des bonnes œuvres par intérêt, dans le but de se sauver. La Réforme, redécouvrant l'Évangile comme une Bonne nouvelle, ne put accepter cela. Elle redécouvrit avec force la notion de la Grâce, du Salut que Dieu peut offrir même à un pécheur et celle de la gratuité de l'amour.


La Réforme a opéré ainsi une certaine révolution dans la prédication chrétienne, en disant non plus : "Faites des bonnes œuvres pour être sauvés " mais plutôt ... "Vous êtes sauvés par grâce, faites des bonnes œuvres en reconnaissance pour ce salut qui vous est offert - non pas par intérêt, mais par amour ".


Cela est très beau et généreux. Mais le problème, c'est que dans l'Évangile, il ne semble pas que tout le monde soit sauvé. Il y a des sauvés et des réprouvés. Or, si le salut ne dépend que de Dieu, alors c'est que Dieu veut en sauver certains, et laisse les autres à la perdition ... Et là, nous tombons dans une doctrine à peu près inacceptable pour notre esprit moderne : celle d'un arbitraire divin, d'un Dieu qui aurait créé des hommes et qui finalement choisirait délibérément de les damner... C'est impossible. D'ailleurs, du temps même de Calvin, cette doctrine a soulevé de graves oppositions et tous les Réformateurs étaient loin d'y adhérer. Aujourd'hui, plus grand monde n'admet cette doctrine de la prédestination calvinienne, même chez les protestants.


Si l'on veut reprendre la question d'un point de vue Biblique, on s'aperçoit que le mot de "prédestination" se trouve dans la Bible, certes, mais pas dans le sens que lui donnait Calvin. On trouve le terme dans les lettres de Paul, pour affirmer essentiellement que tous les hommes sont "prédestinés" à être semblables au Christ, c'est à dire à être sauvés (Rom 8:29).


La prédestination de Dieu concernant les hommes est donc son projet : ce à quoi Il nous destine. Mais ce but n'est pas toujours atteint, parce qu'il dépend aussi de la liberté et de l'acceptation de l'homme. Le projet de Dieu, il est affirmé au moment de l'acte créateur, il dit alors, selon la Genèse : " créons l'homme à notre image selon notre ressemblance " or la suite du texte nous montre que l'homme n'est effectivement créé qu'à l'image de Dieu, le texte n'évoque plus la ressemblance, celle-ci ne va pas de soi, elle reste le travail de l'homme. Nous pouvons donc dire que nous sommes tous prédestinés à être sauvés, mais, peut-être que nous ne serons pas tous sauvés. On pourrait reprendre là le célèbre verset de Paul : " C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, ce qui ne dépend pas de vous, c'est le don de Dieu " (Éph 2:8)

Certes, il y a une prédestination, mais celle-ci n'est pas nécessairement une "prédétermination".


Je ne veux pas dire que la doctrine de la prédestination calvinienne n'ait aucun fondement biblique (On pourrait en particulier citer le très difficile texte de Romains, Rom 9:20-23), mais en tout cas, il n'utilisait pas le mot dans le même sens que Paul. Il s'agit d'une thèse théologique personnelle, à laquelle aucun protestant n'est obligé de souscrire.


On pourrait néanmoins réinterpréter autrement la doctrine de la prédestination de Calvin (ou de Saint Augustin ...) pour la rendre plus admissible. Ce qui est le plus critiquable, en fait, provient au départ de l'idée de couper l'Humanité en deux, les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Les choses ne sont certainement pas aussi simples, et on pourrait préférer considérer qu'en chaque homme il y a du bon et du mauvais, et qu'en chacun, il y a une part qui vaut d'être sauvée, et une autre qui ne vaut rien du tout. On peut dire alors que ce qui ne vaut rien en nous est prédestiné à être perdu et oublié (ce qui est finalement une forme de bonne nouvelle) et que le meilleur de nous, le spirituel, lui, est prédestiné à être sauvé. Dans ce cas, alors oui, on peut admettre cette doctrine, même si ce n'est certainement pas non plus ce que voulait dire Calvin ...


Mais même si l'on considère que cette doctrine est fausse intellectuellement dans sa signification la plus basique, on peut néanmoins penser qu'elle a quelque vertu
: elle permettait en particulier de dire aux chrétiens : " Ne vous préoccupez pas de votre salut, c'est une préoccupation médiocre, la seule chose qui doit vous préoccuper, c'est de faire le bien, d'aimer, de donner, de servir, et tout cela gratuitement, sans rien attendre en retour, par amour. Comportez-vous donc, sans angoisse, sans crainte, sans vision de punition ou de rétribution... ". Être chrétien, c'est être libre, joyeux, et reconnaissant ...


Bien sûr, la question est alors : " Peut-on être sûr d'être sauvé ? " Mais là Calvin avait la réponse : " Oui, le simple fait de se poser la question est preuve de l'Élection. " Donc les damnés ne s'en rendent même pas compte et n'en souffrent pas, ils sont tellement éloignés de Dieu et de tout cela qu'ils n'en ont même pas l'idée. Ils sont du rien qui retourne au rien. Donc, oui, la doctrine de la prédestination disait bien à ceux qui l'entendaient qu'ils devaient être sûrs de leur salut comme d’une grâce extraordinaire qui leur avait été offerte.


Aujourd'hui, nous aurions une façon plus moderne de dire les choses : on ne parlerait plus de "salut", ou de "perdition", mais plutôt, par exemple, du fait de "réussir sa vie".
Si l'on veut prendre cette notion, par exemple, pour la superposer à celle de la prédestination, alors le message serait de dire : " Vous n'avez pas à " réussir votre vie ". Votre vie est déjà acceptée. La vie n'est pas un examen de passage. Il n'y a pas à mériter, ou à démériter. Il n'y a pas d'angoisse à avoir, et quoi que nous réussissions ou rations dans notre vie, nous sommes acceptés et aimés par Dieu ". Saurais-je passer dans la classe supérieure, avoir mon bac, ne pas être au chômage, ne pas divorcer ?


On fait ce que l'on peut, mais de toute façon Dieu nous a accepté et aimé quoiqu'il nous arrive.
C'est donc une bonne nouvelle, c'est un discours qui peut nous conduire à une sorte de dé-préoccupation salvatrice de nous-mêmes. Ne nous préoccupons pas de "réussir" notre vie, ni d'être sauvé ou non, laissons cela à Dieu et considérons que c'est une affaire déjà réglée ... Positivement en plus ! Et préoccupons donc nous sans arrière pensée de ce que nous pouvons faire aujourd'hui dans ce monde et pour nos frères. C'est à partir de cela que l'être peut se libérer de sa propre angoisse pour se tourner vers les autres, peut accepter une vocation sans crainte, et finalement même sortir de son propre égoïsme pour découvrir la vraie nature de l'Amour : de l’Amour qui est don et gratuité.


Peut-être finalement ne faut-il garder que cela de cette doctrine de la prédestination, c'est que Dieu a choisi de nous sauver même si nous ne le méritons pas. Il a choisi de nous aimer et de tout nous donner - non pas en fonction de nos réussites personnelles mais simplement parce qu'il nous aime.


C'est donc une formidable bonne nouvelle : tout ça dépend de lui seul et pas de nous, c'est un vrai "cadeau". Que cela nous rende pour toujours joyeux, libres et reconnaissants.

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Published by Louis Pernot - dans le vocabulaire religieux
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 08:02

par Pierre-Jean Ruff, pasteur de l’ERF
résumé pour une prédication à l'Eglise réformée francophone de Copenhague pour le culte du dimanche 22 novembre 09 


Lorsqu’on dit Calvin, tout de suite on pense à la prédestination. Lorsqu’on dit prédestination, tout de suite on pense à Calvin. Les choses ne sont pas aussi simples.


1 – définitions


Beaucoup confondent la prédestination, le déterminisme et la providence.


La prédestination ne concerne que notre salut pour maintenant et surtout dans l’au-delà. Qui sera sauvé et sur quel critère ? Selon cette doctrine, Dieu seul décide qui sera sauvé ou réprouvé et nous n’avons absolument pas à lui demander des comptes de ses choix. La parabole du potier (Jérémie 18, 2-10) en est une des meilleures illustrations. C’est Calvin qui a donné la meilleure explication de cette doctrine : "Nous appelons prédestination, le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu’il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous en même condition, mais ordonne les uns à vie éternelle et les autres à éternelle damnation".


Le déterminisme en concerne que la vie présente. Nous sommes conditionnés par notre hérédité comme par le contexte socioculturel qui est le nôtre. Si nous étions nés Esquimaux, Zoulous ou Pygmées, nous serions différents.


Par sa providence Dieu veille sur les siens. Certains diront que Dieu nous accompagne toujours dans la vie, alors que d’autres diront qu’il nous y protège. "Pas un cheveu ne tombe de votre tête que votre Père ne l’ait voulu".


Remarques :


Calvin est sans doute celui qui a le mieux défini la doctrine de la prédestination mais, en son temps, il n’a pas été le seul à y souscrire et l’Eglise catholique d’alors ne la rejetait pas.


Cette conception du salut est présente dans la Bible, même si elle n’y est pas seule.


Quelques positionnements historiques à propos du salut et de la prédestination.


Les cathares, dont l’acte de foi premier était l’amour de Dieu, croyaient en un salut universel.
Bien avant eux, Origène optait dans le même sens, disant que le dernier à être sauvé serait le diable. Plus près de nous, Karl Barth, que certains ont qualifié de néo-calviniste, préconisait une double prédestination. Nous sommes tous pécheurs et nous sommes tous sauvés par la miséricorde de Dieu.


Réflexions pour aujourd’hui


Des doctrines comme celle de la prédestination sont aujourd’hui mal comprises par beaucoup et contribuent au discrédit des Eglises (ce qui ne suffit pas pour les dire erronées).


Aujourd’hui, parmi les chrétiens pratiquants, beaucoup s’interrogent à propos d’une vie future ou n’y croient pas. Pour ceux-là, la prédestination est un faux problème. Pour moi, la grâce ou l’amour de Dieu ne sont eux-mêmes que s’ils ne sont pas sélectifs. C’est la crédibilité même de Dieu qui est en cause.


Aujourd’hui sur terre, je pense qu’il y a plus de personnes à sécuriser et à déculpabiliser que de personnes à inquiéter et à responsabiliser par des semonces.

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Published by Pierre-Jean Ruff - dans le vocabulaire religieux
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 01:46

par Michel Jamet

Vers l'an environ à peu près 33 après lui-même, un certain Jésus mourait sans doute sur une croix, à Jérusalem : peine capitale romaine, l'homme ayant été livré aux Romains par les dirigeants du Temple. Il avait fondé un petit groupe de disciples à qui il avait, semble-t-il, donné un enseignement spirituel.
Ces disciples (et leurs propres disciples) ont ensuite relaté les faits et gestes du dénommé Jésus, accompagné d'une Bonne Nouvelle : la vie éternelle est à portée de main ... Jusque là, ils étaient à peu près tous d'accord, ainsi que sur certaines valeurs morales. Mais rapidement, le nouveau courant religieux se répandant, chaque communauté se mit à transmettre sa propre version de la Bonne Nouvelle. Tant et si bien qu'après quelques décennies, c'était la cacophonie la plus totale, chacun ayant son idée sur le message de Jésus : un tel insistant sur tel aspect, tel autre reliant le message à telle ancienne prophétie juive, à tel enseignement grec, ou à telle coutume égyptienne. Tel autre enfin élaborant un début de "christologie", c'est-à-dire de réflexion sur ce "sacré bonhomme" de Jésus, son rôle dans le plan divin, sa nature (humaine, divine ou les deux ?).

Différentes écoles virent le jour. Celle de Paul, en particulier, un ancien oppresseur de chrétiens devenu disciple lui-même après une vision au soleil, commençait à réunir les "assemblées" (en grec : ecclesia) autour d'une doctrine commune.
D'un autre côté, une école de chrétiens se rattachait à un courant plus ancien, diffus dans le monde judéo-hellénique (en particulier à Alexandrie, capitale intellectuelle du monde), celui de la Gnose :


Très grossièrement, ce courant de pensée affirme qu'il est possible à certains humains, en pratiquant une certaine discipline corporelle, intellectuelle et morale, d'accéder à la Connaissance (grec : gnôsis) de Dieu, de l'Absolu, de l'Origine de toutes choses.
Les gnostiques chrétiens affirmaient que Jésus était lui-même la Vérité divine, venue enseigner à un petit nombre le chemin de la Gnose. Bien sûr, il y eut aussi différents courants chez les gnostiques, qui n'ont jamais formé une organisation centralisée.


Or, une organisation centralisée, c'est justement ce qu'ont cherché à créer les tenants du courant "paulinien". Se calquant sur les divisions administratives de l'Empire romain, ces chrétiens-là tenaient plutôt (toujours très grossièrement) pour la doctrine suivante : Jésus est le fils de Dieu, le Messie attendu par Israël, il est venu sur la terre pour y mourir et racheter par sa souffrance les péchés de tous les hommes, à condition qu'ils croient en lui. Point-barre ...

On voit les énormes différences entre les deux courants, et on voit bien que les responsables de l'Ecclesia
ont rapidement compris que les gnostiques menaçaient leur autorité car prônant la possibilité individuelle et directe de parvenir à la Vérité, sans nécessaire intermédiation sacerdotale. L'Eglise (on peut l'appeler comme ça) a donc, dès le IIIème et surtout le début du IVème siècle, condamné la Gnose et défini un ensemble de textes "canoniques" comprenant quatre "Bonnes Nouvelles" (trois très "pauliniens" : Matthieu, Marc et Luc et, à titre de concession, un quatrième plus gnostique, celui de Jean), les Actes des Apôtres écrits par les mêmes groupes que l'Evangile de Luc, et surtout toutes les Lettres de Paul (et de certains autres) aux différentes Ecclesiae. On y rajoute une Apocalypse attribuée elle aussi à Jean.

Tous les autres textes ont été condamnés comme non canoniques
, et ont cessé assez rapidement d'être la source de pratique des communautés chrétiennes, même en Egypte où les gnostiques étaient les plus nombreux. Ces textes ont donc disparu. Tous ? Non ! Car quelques uns d'entre eux ont été redécouverts à notre époque, sauvés par le sable et la piété des anciens gnostiques qui les avaient dissimulés dans différents endroits inaccessibles. Ce sont les fameux "apocryphes"...

Je ne parlerai pas des apocryphes de l’Ancien Testament, qui ne nous concernent pas beaucoup ici. Ce sont eux aussi des textes religieux – mais du judaïsme – non retenus en général dans les recueils " officiels " des autorités juives. Certains nous sont parvenus par l’intermédiaire du christianisme. D’autres ont été découverts à Qumrân (les fameux " Manuscrits de la Mer Morte " de la secte des Esséniens).


Les textes apocryphes chrétiens constituent un ensemble de textes très disparates.


On y trouve des " Actes " : Actes d’André, d'André et Matthieu, d'André et Paul, d'André et Pierre, de Barnabé, de Jacques, de Jean, de Jean selon le Pseudo-Prochore, de Jean à Rome, de Marc, de Paul, de Philippe, de Pierre, de Pierre et des douze apôtres, de Pilate ou Evangile de Nicodème, Actes de Thaddée, de Thomas, de Timothée, de Tite.

Des " Apocalypses " (en grec : apocalypsis = révélation) : Apocalypse d'Esdras, d'Étienne, 1re Apocalypse de Jacques, 2e Apocalypse de Jacques, 1re Apocalypse de Jean, 2e Apocalypse de Jean, 3e Apocalypse de Jean, Apocalypse de Paul, de Pierre, de Sedrach .

Des " Evangiles " : Évangile arabe de Jean, Évangile arménien de l'Enfance, Évangile de Barnabas, Évangile de Gamaliel, de Judas, de Marie-Madeleine, de Philippe, de Pierre, du Pseudo-Matthieu, Évangile secret de Marc, Protévangile de Jacques, Histoire de l’enfance de Jésus ou Evangile de l’enfance selon Thomas…

Et différentes Epîtres, Histoires, Homélies, Odes, Livres, etc.

L'Evangile
de Thomas se trouve dans différentes traductions. On peut aussi la trouver sur le site Omalpha.com. Je préfère cependant celle de Jean-Yves Leloup, qui est abondamment commentée, parue aux éditions Albin Michel : Evangile de Thomas (disponible sur Amazone.fr). L'Evangile de Judas est un texte gnostique, fragmentaire et d'un abord assez difficile, mais l'édition qui en a été faite par le National Geographic, avec introduction, notes et explications de plusieurs spécialistes, rend tout ça abordable. Evangile de Judas. L'Evangile de Marie est aussi un texte gnostique, contenu dans un codex copte (égyptien) du III° siècle. Il a également été traduit par Leloup : Evangile de Marie, Evangile de Thomas (document word), Evangile de Judas : traduction française du document copte (document df), Evangile selon Marie (document html).

Je crois qu'on ne peut pas parler des gnostiques comme d'un "courant" mais plutôt comme un ensemble de sectes dont certaines vont concurrencer un temps le christianisme naissant. Je mettrai à part le manichéisme
qui, plus qu'une secte, a été une religion à part entière et que beaucoup de chercheurs considèrent comme faisant partie des Religions du Livre : Mani a été le seul finalement à opérer une jonction entre Jésus et Bouddha.

La publication très attendue des textes de Nag Hammadi (dans la Pléiade), publication dans une bonne traduction française et bien documentée (alors que les Anglo-saxons ont déjà accès à ces textes depuis plus de vingt ans !) va permettre de mieux connaître ces courants de pensée, aux cosmogonies étranges et complexes. Dans ce domaine comme dans d'autres il faut se méfier comme de la peste des traductions bricolées, ambiance "Da vinci code" ! En attendant il existe une très beau petit livre d'introduction sur les gnostiques, celui de Jacques Lacarrière.

Nouveau document en ligne avec : l'Evangile de Marie, l'Epître apocryphe de Jacques, l'Evangile de Philippe, l'Évangile de Pierre, le Protévangile de Jacques (Évangiles de la nativité et de l'enfance) suivi de l'évangile Alexandrin des Egyptiens, la Bible de Barnabé, l'évangile apocryphe de Barnabé (XIV° - XVI° siècles), l'Apocryphon de Jean.

Je voudrais aussi préciser que lors du procès de Jésus, il y avait un autre condamné, Barabbas, (Jésus de son prénom) le patronyme Barabbas signifiant " le fils du Père "... L'un était il le chef "spirituel", issu des esséniens, et l'autre le chef "terrestre" menant la guerre contre Rome et issu des pharisiens ? L'un aurait été libéré, l'autre crucifié, lequel ?

Sites intéressants mais "orientés" :
http://www.interbible.org/interBible/decou.../clb_030926.htm
http://sophie.md.chez-alice.fr/NouvOMond/biblioapo.htm


Le "Pléiade" des écrits gnostiques de Nag Hammadi est désormais disponible. Voilà le contenu de l'ouvrage : ÉCRITS GNOSTIQUES [2007]. Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et Paul-Hubert Poirier, trad. du copte par un collectif de traducteurs. Index établis par Éric Crégheur, 1920 pages, rel. peau, 105 x 170 mm. Collection Bibliothèque de la Pléiade (No 538), Gallimard -lvs. ISBN 9782070113330. Parution : 22-11-2007.

La bibliothèque de Nag Hammadi : Prière de l'apôtre Paul - Épître apocryphe de Jacques - Évangile de la vérité - Traité de la résurrection - Traité tripartite - Livre des secrets de Jean - Évangile selon Thomas - Évangile selon Philippe - L'Hypostase des archontes - Écrit sans titre - Exégèse de l'âme - Livre de Thomas - Livre sacré du Grand Esprit invisible - Eugnoste - Sagesse de Jésus Christ - Dialogue du Sauveur - Apocalypse de Paul - Deux apocalypses de Jacques - Apocalypse d'Adam - Actes de Pierre et des douze apôtres - Le Tonnerre, Intellect parfait - Enseignement d'autorité - L'entendement de notre Grande Puissance - Extrait de " La République " de Platon - L'Ogdoade et l'Ennéade - Prière d'action de grâces - Extrait du " Discours parfait " d'Hermès Trismégiste à Asclépius - Paraphrase de Sem - Deuxième traité du Grand Seth - Apocalypse de Pierre - Enseignements de Silvanos - Les Trois Stèles de Seth - Zostrien - Lettre de Pierre à Philippe - Melchisédek - Noréa - Témoignage véritable - Marsanès - Interprétation de la gnose - Exposé du mythe valentinien - Allogène - Hypsiphroné - Sentences de Sextus - Fragments de traités - Pensée Première à la triple forme. Manuscrit de Berlin 8502 : Évangile selon Marie - Acte de Pierre


Sinon deux "points de détail". La plupart des chercheurs s'accordent à penser que Jésus est mort le 7 avril 30, et non en 33. Cette date est la seule qui semble être en accord avec les calendriers des fêtes juives de l'époque. D'autre part quelques chercheurs américains émettent des doutes sur le fait que les écrits de Qumran aient été la bibliothèque des Esséniens. Leur hypothèse serait plutôt celle d'une cache qui aurait accueilli les livres du temple dans la peur de la profanation romaine.
 

Il faut éviter une erreur courante, c'est de donner aux mots "secte" et "religion" les acceptions qu'ils ont aujourd'hui. Le christianisme naissant a toujours été composé de multiples communautés aux pratiques différentes, aux textes de référence divers et aux croyances variées, mouvantes et évolutives. Ce n'est qu'après au moins deux siècles qu'une certaine norme s'est fait jour. Le "gnosticisme" est plus une composante qu'un ensemble de "sectes" coupées du reste du monde chrétien, et même les plus "orthodoxes" pauliniens pouvaient avoir des tendances gnostiques sur tel ou tel sujet, et refuser, par exemple, la cosmogonie valentinienne. Il s'agit plus, à mon sens, d'une des tendances interprétatives du message de Jésus, qui a fini par être isolée et éradiquée de l'Eglise naissante.

Les textes apocryphes de Nag Hammadi regroupent :


Codex I
(Codex Jung) : 1. Prière de l'apôtre Paul, 2. Le Livre Secret de Jacques, 3. L'Évangile de vérité, 4. Le Traité sur la résurrection, 5. Le Traité tripartite. Codex II : 6. Le Livre secret de Jean, 7. L'Évangile selon Thomas, 8. L'Évangile selon Philippe, 9. L'Hypostase des archontes, 10. Symphonia de l'hérésie 40 du Panarion d'Épiphane (écrit sans titre), 11. L'Exégèse de l'âme, 12. Le Livre de Thomas l'Athlète. Codex III : 13. Le Livre secret de Jean, 14. L'Évangile des Égyptiens, 15. Eugnoste le Bienheureux, 16. La Sophia de Jésus-Christ, 17. Le Dialogue du Sauveur. Codex IV : 18. Le Livre secret de Jean, 19. L'Évangile des Égyptiens. Codex V : 20. Eugnoste le Bienheureux, 21. L'Apocalypse de Paul, 22. L'Apocalypse de Jacques, 23. L'Apocalypse de Jacques, 24. L'Apocalypse d'Adam, 32. Fragment de l'Asclépius. Codex VI : 25. Les Actes de Pierre et des douze apôtres, 26. Le Tonnerre, intellect parfait, 27. Authentikos Logos, 28. Aisthesis dianoia noèma, 29. Passage paraphrasé de La République de Platon, 30. Discours sur l'ogdoade et l'ennéade, 31. La Prière d'action de grâces, 35. L'Apocalypse de Pierre, 36. Les Enseignements de Silouanos, 37. Les Trois Stèles de Seth. Codex VII : 33. La Paraphrase de Sem, 34. Le Second Traité du grand Seth. Codex VIII : 38. Zostrianos, 39. La Lettre de Pierre à Philippe. Codex IX : 40. Melchisedek, 41. La Pensée de Noréa, 42. Le Témoignage de la Vérité. Codex X : 43. Marsanès. Codex XI : 44. L'Interprétation de la connaissance, 45. Exposés valentiniens, 46. Révélations reçues par l'Allogène, 47. Hypsiphronè. Codex XII : 48. Les Sentences de Sextus, 49. Fragment central de l'Évangile de vérité, 50. Fragments non identifiés. Codex XIII : 51. La Protennoia trimorphe, 52. Fragment du 5e traité du Codex II.

Les textes
en rouge se trouvent en traduction française sur le site de l'Université Laval (Québec)

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