par la révérende Diane Rollert (Eglise unitarienne de Montréal), Canadian Unitarian (L’Unitarien canadien),
vol. 49, n° 1, printemps 2008, rubrique " Du haut de la chaire ", traduit en français par Marie-Claire Weber-Lefeuvre *
ndlr. Ce sermon, qui évoque la pâque juive et l’islam, met l’accent sur l’exigence avec laquelle nous devons, selon
notre tradition unitarienne, interroger nos corpus religieux.
Je n’oublierai jamais l’impression que j’eue en célébrant la Pâque juive (Seder) un jour et en desservant la communion pascale le jour suivant. J’étais une étudiante pasteur d’une Eglise
unitarienne qui observait les deux traditions. Un bref instant, j’ai imaginé les foudres du ciel tombant sur moi, la manchette des journaux locaux : " Une gentille jeune fille juive
unitarienne-universaliste frappée par la foudre après avoir mélangé les boulettes matzo et le pain de communion ".
L’époque peut être un défi pour plusieurs d’entre nous. La pression théologique est trop grande. Mais je pense que je dois faire vivre pleinement la foi que j’ai choisie. Pour moi, cela donne du
sens à mes racines chrétiennes.
Quand on me demande si les unitariens croient en Jésus, je réponds que nous honorons son enseignement qui commença par son " Sermon sur la montagne " avec " les
Béatitudes ".
Bénis soyez-vous, vous qui êtes pauvres, car le Royaume des Cieux est pour vous.
Bénis soyez-vous, vous qui avez faim et soif
; vous serez rassasiés.
Bénis soyez-vous, vous qui aujourd’hui pleurez. Vous serez remplis de joie.
Bénis soient les Miséricordieux : ils obtiendront le pardon.
Bénis soient
les artisans de paix : Dieu les reconnaîtra comme ses enfants.
" Baruch Atah" (" bénis soyez-vous "), cela aurait pu être le commencement de bénédictions traditionnelles que n’importe quel prêtre ou
prophète aurait dites lors d’une assemblée.
Toutefois quelle incitation à la révolte de la part de Jésus que de dire que ce sont les pauvres et les affamés qui sont bénis. Ce sont ces paroles-là, avec bien d’autres, qui menèrent
Jésus à l’épreuve suprême, à la mort.
Selon ma perspective unitarienne, Jésus aurait pu ajouter une " béatitude " supplémentaire : " Bénis soient ceux qui questionnent ".
C’était sa volonté : questionner, sonder sa propre tradition, pour la défier, la mettre en doute afin d’approfondir sa foi. Quand Jésus parlait du Royaume de Dieu, il ne parlait pas d’un
lointain futur, mais de la véritable égalité sur terre : cette vision radicale lui venait de sa compréhension de la Torah, et il voulait demander des comptes à l’injustice qu’il constatait
ici-bas.
Le printemps dernier, j’ai expérimenté quelque chose qui était d’une façon surprenante en résonance avec l’histoire de Pâques. Je suis allée entendre une journaliste et auteur, Ishrad
Manji, qui se définit elle-même comme féministe, lesbienne et fidèle musulmane. Dans son livre " The trouble with Islam to-day " (le problème avec l’islam aujourd’hui), elle
écrit une lettre ouverte à ses co-religionnaires dans laquelle elle critique son cher islam d’aujourd’hui.
" Que diriez-vous à une femme musulmane de Vancouver qui voudrait écrire un livre sur l’islam, livre qui pourrait la condamner à mort ? " demande-elle à Salman
Rushdie, dont le livre " Les versets sataniques " l’a condamné à vivre caché. Celui-ci lui répondit qu’un livre était plus important que la vie.
Une fois qu’une pensée vous tient, quelque moyen que vous essayiez, rien à faire pour la supprimer, dit Manji à la foule rassemblée.
Le courage n’est pas l’absence de peur mais c’est reconnaître que quelque chose est plus important que la peur. Faire entendre sa voix est plus important. Poser une simple question est plus
important. La foi est différente de la religion, dit-elle ; la religion, ce sont les dogmes. C’est étouffant. Mais la foi vous amène à un questionnement. En quoi cela vous lèse-t-il
d’être assez courageux pour poser des questions ? pour poser des questions qui renversent l’ordre des choses ?
Depuis des années j’ai rencontré beaucoup d’unitariens qui ont osé remettre en question leurs propres racines religieuses et qui se sont trouvées rejetées par leurs familles ou par leurs
communautés. J’ai rencontré des unitariens qui ont gardé pour eux-mêmes leur propre questionnement, comme des flammes à combustion lente sur le point de s’éteindre. Combien se sentirent-ils
bénis, ceux qui finalement trouvèrent une communauté religieuse les accueillant à bras ouverts, eux qui cherchaient.
Nous pouvons plaisanter sur le fait que nos symboles ne sont ni l’étoile, ni la croix, ni même le calice. Nous pouvons rire et dire que notre symbole, c’est le questionnement. Toutefois nous
pouvons nous réunir le dimanche de Pâques, ou tout autre dimanche, avec le courage de chercher le centre dans chaque chose qui est sans cesse changeante, en constante transformation. Ni la mort,
ni la résurrection, mais le courage de questionner ce qui a besoin d’être changé : c’est ceci le message de Pâques que je veux transmettre.
Vous trouverez une sélection des sermons de Diane Rollert sur le site de l’Eglise unitarienne de Montréal, www.ucmtl.ca/services/sermons.html
* Marie-Claire Weber-Lefeuvre, protestante libérale et unitarienne, est auteur d'une "Etude des évangiles" parue à l'Harmattan (Paris) en septembre 2006 (voir nos
Actualités unitariennes du samedi 3 mars 07, "Une laïque nous parle des évangiles", recension du livre par Jacques Musset). Depuis le début de cette année, elle anime un blog
qu'elle consacre à l'étude de l'évangile de Marc, http://marike.over-blog.com
Note de la
traductrice : Les Béatitudes - une
partie du " Sermon sur la montagne " chez Mathieu (V, 3-12) - se trouvent aussi chez Luc (VI, 20-26).
Le texte des Béatitudes (avec plusieurs traductions) a été mis en ligne sur notre site documentaire La Besace des unitariens.


