Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Contacts

Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

Archives

6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 15:25

dans Réforme, édition du 01 mars 2007


suite et fin des articles précédents


La compréhension monothéiste s’est normalement défendue de représenter Dieu.


Et pourtant ? Chez nombre de nos contemporains, consciemment ou inconsciemment, une certaine compréhension de Jésus « Fils de Dieu » laisserait entendre, en retour, que Dieu aurait une génération de plus que son Fils (sans croire évidemment qu’il ait une barbe, plus grise ou plus blanche que celle de son Fils, il reste qu’en tant que Père, il lui aurait dit : « assieds-toi à ma droite » ! De quelle cosmologie dépend cette théologie ?). Pardon d’être irrévérencieux !


Heureusement une certaine compréhension de la Trinité (3=1) délocalise notre compréhension de la transcendance et nous sauve du Dieu-père-Noël ! « Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’invisible. L’écoutant, on ne l’entend pas, on le nomme l’inaudible. Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l’impalpable. Il est la forme sans forme et l’image sans image » (Tao Tö king, IIIe siècle avant notre ère, un des 3 livres du canon taoïste).


Raison, imagination et foi


J’aime cette phrase de Ralph Emerson citée par André Gounelle (dans "Dieu, c’est quoi finalement ?" - sous la dir. d’A. Houziaux - Paris 2005, p. 37-38) : " Il me semble qu’il y a une sorte de profanation à dire que Dieu est personnel. Il n’est plus alors qu’un grand homme, pareil à ceux qu’adore la foule. Je refuse la personnalité à Dieu, parce que c’est trop peu ".


Jean Marie Guyau poète et rationaliste du XIX e siècle disait que si nous croyons que la Nature a un but, qu’elle va quelque part c’est que nous ne la comprenons pas : « à mesure que je réfléchis, il me semble voir l’océan monter autour de moi, envahir tout, emporter tout ; il me semble que je ne suis plus moi même  qu’un de ses flots ; que la terre a disparu, que l’homme a disparu, et qu’il ne reste plus que la nature avec ses ondulations sans fin, ses flux, ses reflux, les changements perpétuels de sa surface qui cachent sa profonde et monotone uniformité ».


Guyau reprochait aux croyants d’imaginer le réel comme un fleuve qui coulerait depuis sa source, l’origine, vers son embouchure, le but, comme si l’Histoire était prédestinée, comme si l’Univers avait un but. Or le monde ressemble plus, selon lui, à un océan dont les tempêtes, les vagues et le roulis n’ont pas de sens, ni but, ni origine ! Il serait intéressant de faire dialoguer aujourd’hui les idées de l’astrophysicien Paul Davies auteur de l’Esprit de Dieu (qui discute l’importance de Dieu comme explication nécessaire à l’Univers), l’intelligent design (branche intellectuelle du créationnisme américain ?) avec le génial et touchant Guyau (que certains protestants libéraux avaient tendance à rallier à leur cause frôlant l’agnosticisme ou la vision panthéiste du réel).


Que disons nous quand nous disons croire ou ne pas croire en Dieu ?


Même sans forme précise, nous avons des images.


Se faire tout de suite agnostique (au nom de quelque exclusivisme apophatique : « la Révélation théiste refuse le déisme » ! ) ressemble à un repli stratégique : une façon de ne pas accepter le débat avec nos amis incroyants ou en recherche. Le dogme au second degré (l’Altérité présentée toujours dans le cache-cache du paradoxe) revient à se réfugier, par pirouette, dans un discours paradoxalement encore naïf ou « chosificateur »….


Nos images mentales sont sans doute  nécessaires : fleuve ou océan, ciel ou  lumière, ou formule mathématique mystérieuse renvoyant à un espace à plus de trois dimensions. Il s’agit ensuite de les dépasser.  J’aime beaucoup dans le bouddhisme tibétain l’ascèse des mandalas : on efface les représentations symboliques qu’on avait mis du temps à confectionner !


Au-delà du Nom et de l’Image.


Que signifie la formule à mon goût trop orgueilleusement utilisée : « seule une parole de Dieu » nous serait possible (les protestants aiment se prévaloir de la juste et unique Révélation) et plus jamais une parole « sur Dieu » (l’idolâtrie vise toujours le voisin …). Soyons moins radicaux : les images participent à l’invisible comme les noms désignent l’Unique : «  Où est ta connaissance? et je vis le Feu.  Où est ta gnose ? et je vis le Feu » (Al Halladj, mystique et hérétique musulman du IXe siècle).


« Quand tu viens devant Dieu par la prière, sois dans ta pensée comme la fourmi, comme ce qui rampe sur la terre, comme une enfant qui balbutie. » disait Isaac le Syrien (un des saints de l’orthodoxie orientale chrétienne). « Ils parlent d’Indra, de Mithra, de Varuna et d’Agni quoiqu’il n’y ait qu’un seul Etre. Les chantres le désignent par des noms divers » (Rig-veda, un des plus vieux textes à la base de l’hindouisme).


On m’a dit que les Pygmées ou Bushmens croyaient que Dieu était comme le souffle qui nous entoure, comme l’air que l’on respire. Moi aussi j’ai tendance à croire que Dieu est un souffle universel, comme l’éther des anciens, puisque en physique moderne des particules le vide n’existe pas.

Fin

Partager cet article

Repost 0
Published by Michel Jas
commenter cet article

commentaires