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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 16:30

dans Réforme, édition du 22 février 2007, dans la rubrique "Religion - une question".


Suite de l'article précédent


Le sage indien Ramakrishna écrit : « L'homme vulgaire proclame : “Ma religion est la meilleure.” Mais quand son cœur s'ouvre à la véritable intuition, il sait qu'au-dessus des sectes et des sectaires règne l'unique Béatitude, indivisible, éternelle, omnisciente. De même qu'une mère qui fait manger ses enfants malades, donne à l'un du riz au curry, à l'autre de la fécule de sagou, au troisième du pain et du beurre, de même le Seigneur a tracé des voies différentes pour des hommes différents ».


Quand nous disons Dieu, nous exprimons une présence, une vérité, une grandeur dont le christianisme et avant lui le judaïsme ne sont évidemment pas les seuls garants. Ni même d’ailleurs l’Islam. Jésus n’a pas inventé Dieu !  Pas même Moïse, ni Abraham. Même s’il est vrai que Jésus restaure, purifie, « évangélise » notre vision de Dieu, l’Absolu, ou le mystère, ou l’Esprit, ou la vacuité bouddhique -sorte d’universalité en creux-, Dieu reste premier.

 

« Dieu a tellement aimé le Monde qu’il a donné son Fils Unique ». Dieu a un Fils. L’affirmation est totalement insupportable pour un juif ou pour un musulman ! Les hindouistes peuvent la recevoir au nom des incarnations multiples du divin (les avatâra de Vishnu en Natsya, Kurmâ, Râma, Krishna, etc.). Les juifs et les musulmans disent que par cette croyance de l’Eglise chrétienne abandonne le strict monothéisme. L’expression : « Dieu a un Fils » comprise de façon spéculative (ontologique) ou naïve (Dieu a eu des relations avec une femme) est blasphématoire !


Comment alors expliquer que quand nous disons « Dieu a un Fils », nous disons à la fois que Jésus a entretenu avec Dieu les rapports d’un fils avec son Père sans théorie sur la nature ou l’essence de quelque supranaturel (simplement : Fils = serviteur), et qu’il nous a révélé la proximité et l’autorité de Dieu comme agissant et se révélant.  « Dieu a un Fils » c’est que Dieu a « un avenir » comme le dit son nom « YHWH-Je serai » : Dieu est un futur !


Comment dire l’incarnation de Dieu sans exclusivisme, sans intolérance et manque de prudence ou manque d’universalité ? Personnellement je crois que les « Je suis » de Jésus dans l’Evangile de Jean, avant d’être reçus en grec et réinterprétés de façon christocentrique, renvoyaient à une prononciation inhabituelle (réservée au Grand Prêtre) du nom de YHWH.


Un seul chemin ?


Et même si nul ne vient à  Dieu-compris-comme-un-Père que par celui qui se prévalait d’une autorité de Grand prêtre (il prononçait le nom de Dieu), tout autant que de Prophète, il y a toujours et encore plusieurs chemins (par la nature, la musique, la poésie) pour accéder au divin. « Nul ne vient au Père que par moi » : là tous sont d’accord juifs, musulmans, baha’is, bouddhistes ou autres s’ils sont lecteurs des Evangiles. C’est une des particularités de l’inspirateur des Evangiles que de proposer cette familiarité !

 
Jésus-Christ par sa personnalité et sa force rayonnante suscitait et suscite encore autour de lui la foi. Et cette attitude transformatrice de la foi me fait penser aux expériences médicales qui décrivent l’influence du mental sur le corporel. Par ex. l’effet placebo. Deux volontaires à qui on  administre une drogue hallucinogène sont placés dans une salle d’observation. Le médicament leur provoque des sensations très fortes. Après la séance on leur dit qu’ils ont été abusés : que l’un avait reçu réellement le produit, mais l’autre pas ! Or, l’effet semblait le même. L’équipe médicale leur annonce alors que la prochaine fois ils inverseront les rôles en donnant le vrai produit à celui qui ne l’avait pas et en donnant le produit placebo à celui qui avait la drogue hallucinogène. Mais sans leur dire qui absorberait quoi. La deuxième  expérience est faite quelques semaines plus tard. Absorption du produit par l’un ; absorption du placebo par l’autre. Et là, étonnement : aucun des deux ne ressent l’effet de la drogue !


La foi et le mental


Je crois à l’incarnation non pour parler de la réalité du monde mais du mental qui le transforme. Je crois à l’incarnation non pour parler de « la chair » mais de l’Esprit !


C'est dans la mesure où le monde, avec ses idéologies, ses espoirs et ses désespoirs, est profané, dédramatisé ("la chair") par une réalité venant d'ailleurs (un espace, un repos, une certitude intime, "le goût" de l'Esprit ) que le monde dans lequel j'existe (ce que je suis, mon environnement) et l'histoire à laquelle je participe peuvent se trouver transfigurés. « Nous connaissons des hommes qui se sont convertis à Dieu sans se réclamer de J.C., en suivant simplement leur lumière intérieure, disait Wilfred Monod. Mais se convertir au Christ c’est se convertir deux fois à la lumière ».

à suivre ...

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Published by Michel Jas
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