Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Contacts

Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

Archives

6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 16:51

Michel-Jas.jpgNous publions ici, avec l'autorisateur de l'auteur et de l'hebdomadaire Réforme, trois articles de Michel Jas, pasteur de l'Eglise réformée de France (ERF), parus en 2007.


Premier article : édition du 01 février 2007


Calvin écrivait : « Chaque fidèle peut bien le nommer son Père en particulier ; mais Jésus-Christ nous enseigne de prier en commun, pour nous avertir, que nous devons aussi exercer notre charité envers nos prochains, en priant, et non pas avoir soin de nous seulement »


Le soir si particulier du 11 septembre 2001, je participais à une réunion inter religieuse. Devant la gravité du contexte, on propose de bouleverser l’ordre du jour. Notre ami bonze vietnamien nous dit : « il nous faut prier le bon dieu » ! Je me souviens du regard surpris des amis occidentaux, protestants ou catholiques, devant cette proposition ! Ils croyaient avoir compris que le bouddhisme était davantage une philosophie qu’une religion ; donc normalement pas de prières !  Et surtout, je me souviens de la mimique interrogative de mes amis musulmans qui avaient plusieurs fois milité pour que les bouddhistes ne participent plus à notre groupe : « commençons par les monothéistes » avaient–ils argumenté : « d’abord, les religions abrahamiques ! » Les juifs de notre groupe ne pouvaient pas prier : ils n’avaient pas pris leur kippa. Alors les musulmans leur ont prêtés des chachiya.


Prier Dieu c’est penser au monde et au-delà. Désespérer du monde et espérer pour et malgré le monde. Surtout désapprendre tous nos savoirs, dépasser nos croyances. C'est-à-dire prier : Dieu !


Dans le protestantisme réformé la prière ne s’adresse qu’à Dieu. Le psautier huguenot du XVIe ne propose d’invocation qu’au « Seigneur, Dieu », au «  Dieu Tout puissant », au « Père Céleste », à « Dieu, notre Père notre Sauveur, Dieu de toute consolation ». L’habitude de s’adresser au « Christ » provient  d’une évolution tardive de la liturgie (avec Bersier, 1874) . Prier « Jésus » est arrivée avec le romantisme du Réveil (le pendant protestant du renouveau marial dans le catholicisme – au lieu de prier Dieu avec solennité, j’invoque la proximité de ses intermédiaires !), ou plus récemment avec certains textes-prières très théologiques (une demande pour chacune des personnes de la Trinité !), ou sécularisés : je parle au prophète de Nazareth dans certaines théologies sans transcendance de la « Mort de Dieu ».


Le théologien me dira que Celui que je cherche m’a donné comme image le Christ. J’accepte aussi que pour comprendre le Christ je reçois d’autres images : un ami, quelqu’un de ma famille qui m’a été proche, un témoin, ou François d’Assise, ou Gandhi ou l’Abbé Pierre. Et pourtant Dieu reste au-delà des images que nous pouvons avoir de lui par ses serviteurs…


Prions !


Dans toutes les langues du monde et sous toutes les latitudes, dire Dieu renvoie à une vision qui dépasse le regard (c’est pour cela que le protestant a contesté la prière devant les croix ou les icônes). Dire Dieu c’est toujours annoncer un demain « Je serai », un ailleurs « Dieu = un ailleurs ». C’est pour cela que l’exercice de la prière vise toujours ce qui habite, traverse et dépasse toute compréhension dogmatique. Prier Dieu c’est prier devant le vide ou l’apparence du vide ! « Prier en Esprit » celui qui est Esprit  ne dit pas autre chose : « Nada » comme chez les mystiques espagnols. Si la prière a tendance à devenir une prière orientée (vers le Nord, vers l’Orient, vers Jérusalem, vers la Mecque ou « au nom de Jésus-Christ »), elle garde toujours le goût de l’insécurité en s’adressant à quelqu’un de non-anthropomorphique (ou quelque chose), qui nous est proche (comme le mystère de la vie) mais différent, que l’on ne peut ni représenter ni circonscrire ! C’est cette insécurité qui est porteuse pour nous de ressourcement intérieur. C’est pour cela qu’il ne me gêne pas de prier à côté d’un moine bouddhiste. Dieu, au-delà des dogmatismes et des images qu’on s’en fait,  se rapproche de la « vacuité qui n’est pas le néant » !


Les musulmans ont dit 33 fois, puis 33 fois, puis 33 fois : « gloire à Dieu », « Louange à Dieu » et « Dieu est grand » ! Les juifs : « Oura, khévodi, oura hannévél » à partir du psaume 57.  Notre ami hindou un fameux et grave : « Om », puis une prière musulmane en arabe pour témoigner de l’échange spirituel. Un catholique a improvisé une prière spontanée : « comme font les protestants ! ». Le protestant de service : un Psaume 23 ! Et notre vieil ami vietnamien plusieurs mouvements de la tête les yeux fermés et la bouche silencieuse ! Puis une Baha’ie a lu : « Pardonne, ô mon Seigneur, à tes serviteurs et à tes servantes. Tu es en vérité celui qui, toujours, pardonne, le Très-Compatissant ».

 

Ndlr - Ce premier article avait déjà été reproduit en article à la Une du bulletin n° 66 de la Correspondance unitarienne, en avril 2007 peu de temps après sa publication dans le journal Réforme, et mis en ligne sur le site de Profils de libertés (lien)

à suivre ...

Partager cet article

Repost 0
Published by Michel Jas
commenter cet article

commentaires