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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 06:11

Les libéraux mettent en avant la liberté de penser et d’agir des individus. Sur le plan économique, ils pensent que les entreprises privées sont régulées par l’équilibre de la demande et de l’offre au niveau des marchés et que l’Etat doit intervenir le moins possible pour laisser jouer la concurrence. Ils valorisent la culture entrepreneuriale. Dans l’ordre politique, le libéralisme est une idéologie moderne née au XVIIème siècle avec l’individualisme et luttant pour obtenir le plus de droits individuels. Non seulement, ils sont pour la séparation des pouvoirs, mais ils souhaitent confiner le rôle de l’Etat principalement à la garantie de la sécurité et d’une trame minimale. Les partis politiques qui se disent libéraux occupent, selon les pays, la droite de l’échiquier politique (c’est le cas de la France), le centre (Royaume-Uni et Allemagne) ou la gauche (Etats-Unis). Au sens moral, les libéraux sont indulgents, tolérants, ouverts à la possibilité d’une diversité des comportements ; ils acceptent le libre choix individuel du mode de vie (sexuel en particulier) contre les systèmes de normes émanées des autorités politiques ou religieuses ou bien encore de la société civile. Voir la définition de « libéral,e », dans Christian Godin, 2004 – Dictionnaire de philosophie, Fayard / Editions du temps, p. 727

Lorsque l’on parle de théologie libérale, le modèle en est le protestantisme libéral qui s’est émancipé du calvinisme au XIXème siècle à partir notamment de l’Ecole des exégètes allemands des années 1830, puis des débats sur la laïcité. En face, un protestantisme « orthodoxe » qui s’est affiché comme « évangélique », défenseur d’une lecture littérale des évangiles et des dogmes. La mouvance francophone s’est mobilisée autour du Protestant, mensuel roman fondé à Genève en 1831 et d’Evangile et Liberté fondé en France en 1886. Voir l’article « Qu’est-ce que le protestantisme libéral ? par Laurent Gagnebin (Evangile et Liberté, novembre 2008, n° 223, Cahier, pp. 10-15)

 

Voici comment le mensuel Evangile et Liberté proclame cette théologie libérale :


Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système autoritaire,

nous affirmons :
- la primauté de la foi sur les doctrines,
- la vocation de l'homme à la liberté
- la constante nécessité d’une critique réformatrice,
- la valeur relative des institutions ecclésiastiques,
- notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu

 

Y a-t-il en comparaison un catholicisme libéral ?

 

La lecture directe de la Bible que les catholiques des mouvements d'Action catholique ont pratiqué leur a donné le goût d’une réflexion personnelle ; avec la Bible de Jérusalem, publiée aux éditions Du Cerf en 1956, qui propose des introductions historico-critiques pour chaque livre, les catholiques peuvent rattraper leur retard sur les protestants et devancent alors les lecteurs de la Bible de Louis Second dont la version d’époque (depuis rectifiée) en restait encore à un Moïse rédacteur du Lévitique et de l’Exode ! L’œcuménisme a rappelé que les interprétations étaient diverses et fait perdre aux dogmes leur expression figée pour l’éternité. La découverte d’un Jésus historique (Biographie de Jésus, par Jean-Claude Barreau, 1993) a contextualisé les paroles qui étaient jusqu’alors lues comme étant une révélation divine par l’intermédiaire des évangélistes. Jésus, avec toute son humanité, devient le lieu de rencontre entre le divin et l’humain ; l’accent est mis plus sur le mystère de l’Incarnation que sur celui de la divinisation de Jésus. Dieu est Amour et non plus proclamateur de commandements et de dogmes et Commandeur sévère du Jugement dernier.

 

Les croyances religieuses ne sont pas forcément mises de côté, mais elles deviennent assurément secondaires par rapport aux valeurs humanistes ; les catholiques libéraux n’acceptent plus les directives de leur Eglise qui vont à l’encontre de l’épanouissement de la personne humaine, et qui ne tiennent pas compte des cas particuliers vécus douloureusement. Ils demandent leur re-formulation, sinon leur mise en sourdine. Ils sont réformateurs non seulement pour un fonctionnement plus démocratique des institutions ecclésiales, mais aussi au niveau de l’enseignement religieux : plus souple, plus ouvert, plus moderne, plus proche de l’Evangile.


celebration libreLes avancées sont spectaculaires avec les célébrations libres qui sont pratiquées entre autres par les Communautés chrétiennes de base et lors des rencontres nationales organisées par la Fédération des réseaux des Parvis (depuis 2003) : l’eucharistie, devient le partage du pain et du vin au nom (ou en mémoire) de Jésus, il est vécu comme un repas de communion et non plus comme un sacrifice et se fait dans la plupart des cas sans consécration des espèces (c’est désormais l’assemblée présente et réunie qui donne sens au sacré) ; le baptême des enfants n’est plus précipité comme jadis mais on attend que l’enfant en exprime le désir ; l’accent est mis sur l’accompagnement spirituel et non plus sur la garantie obsessionnelle du salut par une doctrine ; etc.

 

célébration libre en Belgique sur la place publique, vue sur le site de la Fédération "Pour un autre visage d'Eglise et de Société" (PAVES).

 

Il est significatif que, même si des prêtres en exercice ou d’anciens prêtres (car "défroqués" ou mariés) y participent activement, cette théologie pratique est devenue l’affaire des laïcs. Elle est vécue et populaire. Elle ne proclame pas une dissidence par un manifeste comme le fit Martin Luther en affichant ses 95 thèses en 1517 sur la porte de l’église de Wittenberg, mais elle se passe de la doctrine officielle de l’Eglise, la référence étant directement l’Evangile.

 

Pour les besoins de l'analyse et de la description, nous avons présenté successivement les catholiques "progressistes" et les "libéraux", mais ils cohabitent positivement et sont en osmose au sein des fédérations que nous avons citées, la Fédération des réseaux des parvis en France et Pour un autre visage de l'Eglise et de la Société (PAVES) en Belgique. 

 

Nous donnons en exemple trois  mouvements significatifs de ces avancées théologiques "libérales", malheureusement encore discrètes, peu connues : la mouvance des Amis de Marcel Légaut, le réseau Jésus simplement (JS) et la Libre pensée chrétienne (LPC).

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans PARVIS (France)
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