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Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 20:05

La famille de Jésus, famille biologique, sociale, spirituelle, par Jean-Claude Barbier (chrétien unitarien français), prédication à l’église unitarienne du Burundi, Kanyosha, le dimanche 30 décembre 2012, publié dans le bulletin n° 122, décembre 2012 de la Correspondance unitarienne. Texte traduit en italien par Giacomo Tessaro et mis en ligne le 11 février 2013 sur le site de la Congregazione italiana cristiano unitariana (CICU) (lien).

Famille biologique

Comme tout un chacun, Jésus est né d’un père et d’une mère.

Un père, nommé Joseph nous dira Luc dans son évangile de l’Enfance, et à sa suite le Matthieu grec . Il fut, ce père, charpentier, sans doute plus largement artisan du bâtiment. Il y avait beaucoup de travail dans la région pour les artisans car la ville de Séphoris, toute proche, avait été détruite lors de la grave révolte messianique de Judas le Galiléen vers 4 ans avant Jésus-Christ. Il y avait eu alors 2000 Galiléens, compatriotes de Jésus mais d’une génération précédente, crucifiés le long des routes par l’armée romaine. La ville était à reconstruire, avec des villas modernes pour les élites hellénisées.

Nazareth était alors un petit village – mais disposant néanmoins d’une synagogue puisqu’il est dit que Jésus y fit une lecture ! – si bien qu’il n’y avait sans doute qu’un seul charpentier. C’est pour cela que le texte de Matthieu 13, 54-56 dit « n’est-ce pas là le fils du charpentier ? » sans le nommer car c’était « le » charpentier du village, connu de tous. C’est Luc qui nous donnera finalement le nom (Lc 4, 22) et à sa suite le Matthieu grec dans l’Annonce à Joseph (Mt 1, 18-25), et, plus tard, l’évangéliste Jean (6, 41-42) : « Les Juifs cependant murmuraient à son sujet … N’est-il pas, disaient-il, ce Jésus fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? … ».

Et puis une mère, nommée Marie et puis aussi des frères (au nombre de quatre) que nous citent Matthieu (13) et Marc (1, 2-3) : Jacques, Joseph (Joset dans Marc, qui est un diminutif de Joseph), Simon et Jude (Jude est cité avant Simon dans Marc), et des sœurs dont les prénoms ne sont pas indiqués, ni le nombre. Bref, ce qui serait considéré de nos jours comme une « famille nombreuse » !

Nous savons d’ailleurs que c’est Jacques, « le frère du Seigneur » des Actes des apôtres de Luc, qui prendra la direction de la communauté nazôréenne de Jérusalem à partir des années 48-49 ; puis ce sera un cousin, Siméon, qui lui succédera après qu’il fût lapidé en 62.

Famille sociale

Avec son évangile de l’Enfance, construit à partir des légendes naissantes qui visent à héroïser Jésus et donc à lui accorder une naissance miraculeuse, Luc ouvre le débat sur une bâtardise éventuelle de Jésus. Joseph n’aurait pas été le père géniteur, mais seulement le père social ; dans les milieux Juifs, à la fin du 1er siècle, circulait le nom d’un soldat de l’armée romaine, Pantera (patronyme de la Palestine de l’époque), lien.

L’interprétation orthodoxe selon laquelle les frères et sœurs de Jésus auraient été en fait des « demi frères et sœurs » nés d’un mariage antérieur de Joseph, ou encore l’interprétation catholique voulant à tout prix – mais là aussi sans aucun fondement scripturaire – que ce soit des cousins et des cousines, déboucheraient sur ce qu’on appelle de nos jours « une famille recomposée » ! Paradoxalement, alors que les catholiques veulent nous faire croire à une « Sainte famille », ces interprétations jettent la suspicion sur la filiation biologique de Jésus et nous introduisent d’emblée à une famille dont les fondements sont seulement sociaux. En quelque sorte, un Jésus « sans famille », « adopté », où vont se reconnaître, au cours des siècles, nombre chrétiens dont la naissance considérée comme « illégitime » posa question.

En ne reprenant pas l’entreprise de son père alors qu’il est l’aîné de la phratrie, Jésus a certainement suscité un profond malaise au sein de sa famille. On sait qu’il préféra suivre les discours enflammés, eschatologiques de Jean-Baptiste, puis, après l’arrestation de celui-ci, devenir un rabbi itinérant en Galilée, son propre pays, tenant des propos réformistes et continuant dans la même voie eschatologique mais sous une forme différente (Jésus ne baptisera plus).

Jésus connaîtra la vive réprobation de sa famille. C’est Marc qui nous le dit (Mc 3, 20 et 31-35) : Marie, sa mère, ses frères, et ses soeurs viennent ni plus ni moins le récupérer à Capharnaüm pour le ramener à la maison familiale à Nazareth, car ils pensent qu’il s’est égaré (« Il a perdu le sens » Mc 3, 21). Mais Jésus est un bon orateur et la foule l’entoure, si bien qu’ils n’arrivent pas à l’atteindre …

Famille spirituelle

Est-ce parce que Jésus connaissait sa bâtardise qu’il y pallia par une surenchère de la figure paternelle de Dieu qu’il appela « Père » ? Est-ce aussi pour cela qu’il sous-estima la filiation depuis Abraham en ouvrant sa prédication à des non Juifs ? Ou bien est-ce parce qu’au futur Royaume, qu’il imaginait dans ses discours eschatologiques, il n’y aurait plus de sexe ni de liens conjugaux, et ni aussi sans doute de liens familiaux ? Toujours est-il que Jésus prône une famille spirituelle élargie à tout ceux qui l’écoutent et ont foi en lui, et qui font – dit-il - la volonté de Dieu :

« Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le font demander. Beaucoup de gens étaient alors assis autour de lui et on lui dit : « Voilà que ta mère et tes frères et sœurs sont là dehors qui te cherchent ». Il leur répond : « Qui est ma mère ? et mes frères ? ». Et promenant sont regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère » (Marc, 3, 31-35).

Déjà Jean-Baptiste avait dit que Dieu pouvait faire des fils d’Abraham avec des pierres du chemin ! (Mt 3, 9).

Toujours dans cette espérance eschatologique, Jésus assura ses disciples qu’ils serait toujours au milieu d’eux (Mt 18, 19-20) et qu’il leur enverrait l’Esprit .

Jésus, réformateur du Droit familial

Est-ce dans cette perspective eschatologique d’avènement du Royaume de Dieu que Jésus va proposer de dépasser la Loi ? Il va en effet proposer le pardon plutôt que l’application brutale de cette Loi, laissant ainsi au pêcheur la possibilité de se repentir et de changer son comportement avant que n’arrive la Fin des temps. On le voit dans le récit de la femme adultère (Jn 8, 3-11) ou encore dans celui de la Samaritaine (toujours dans Jean seul, Jn 4, 1-42) :
« Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari et reviens ici ». La femme répondit et dit : « Je n’ai pas de mari ».  (Jésus lui dit : « Tu as bien dit : je n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai » (Jn 4, 16-18).


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Jésus et la Samaritaine, par Etienne Parrocel dit le Romain (peintre français né à Avignon en 1696 et mort à Rome en 1775) (Musée Fesch à Ajaccio, en Corse).


Chez Jésus, la vision eschatologique se fait humaniste puisqu’il faut sauver chacun et l’inviter à entrer dans le Royaume et non le punir. Il reviendra ensuite à Dieu de séparer le bon grain de l’ivraie le jour du Jugement dernier (Mt 13, 24-30), mais avant ce Jour il faut sauver les pécheurs ! Leçon d’humaniste qui consiste à pardonner l’adultère car, dans un couple et des deux côtés, des incidents douloureux de parcours peuvent survenir et qu’il faut, malgré tout, tout faire pour que le couple dure. Leçon d’humanisme aussi qui consiste à ne pas accuser une veuve d’avoir tué en sorcellerie son mari, ou encore – comme cette Samaritaine – de ne pas savoir retenir son conjoint.

Somme tout un Jésus très moderne dans sa pensée humaniste et finalement très en avance sur son temps lorsqu’il condamne la répudiation des femmes ce qui, à son époque, était une pratique dont le mari n’avait pas à se justifier.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans ACUB (Burundi)
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