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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 17:56

Pour décrire des diverses emprises religieuses sur la société civile, on constate que notre vocabulaire est à géométrie variable selon les religions.


Pour les Juifs particulièrement ritualistes et rigoristes, on parlera volontiers de Juifs « orthodoxes » par opposition aux Juifs libéraux qui, eux, font preuve de plus de souplesse. On réservera le qualificatif d’ultra-orthodoxes pour des Juifs qui imposent leur communautarisme aux quartiers et aux villes où ils sont nombreux, par exemple en faisant pression sur les commerçants pour qu’ils baissent leur rideau au début du sabbat, et qui rêvent d’un Grand Israël.


Pour les musulmans, on précisera « islamistes » pour ceux qui, en plus d’être dévots, de valoriser leur religion par le prosélytisme (les « islamiques ») veulent en faire plus et dominer la société civile par la force si nécessaire – ce qui correspond sur le plan politique à la différence entre le patriotisme et le nationalisme, le suffixe « isme » indiquant ici un excès. Les djihadistes ne se contentent pas d’une pieuse mobilisation par la prière (le djihad spirituel), mais cautionnent volontiers la guerre sainte et le terrorisme.


Les hindous seront dits « extrémistes » lorsqu’ils provoqueront des heurts avec des milieux musulmans ou chrétiens, refusant tout dialogue inter-religieux.


Les protestants sont dits « austères », « puritains », lorsqu’ils appliquent une morale rigoriste. On les dira « fondamentalistes » lorsqu’ils voudront étendre ces prescriptions à l’ensemble d’une société ; les chrétiens évangéliques américains sont par exemple souvent visés ainsi, à la fois pour leur ultra conservatisme et leur activisme politique. Mais le fondamentalisme est un retour aux textes fondateurs et n’implique pas un intégrisme proprement dit. Les témoins de Jéhovah sont fondamentalistes mais sont apolitiques et ne cherchent pas à imposer leurs règles de vie aux autres. Les Amish sont très traditionalistes puisqu’ils se réfèrent au mode de vie rurale des milieux suisse, alsaciens et allemands du 17ème siècle ! mais ils vivent cet idéal au sein d’isolats communautaires sans gêner autrui.


Chez les catholiques le qualificatif de fondamentaliste est également ambiguë car il désigne bien souvent des traditionalistes qui veulent la messe ancienne et le latin, sans pour autant remonter jusqu’au christianisme des origines.


Pour tous ces croyants entiers et carrés dans leur foi, le passage à la politique est fréquent, mais non automatique. Nous proposons d’appeler par intégrisme ce passage au politique en tant que groupe ou mouvance religieuse.


Définition de l’intégrisme par Christian Godin (Dictionnaire de philosophie, 2004, éd. Fayard / Edition du Temps, p. 670) : « Doctrine réactionnaire, radicalement anti-moderniste, en matière de politique religieuse. Né au sein du catholicisme * l’intégrisme ne se contente pas, comme le fondamentalisme protestant, de vouloir un retour à la pureté des textes d’origine. Il vise l’instauration de l’ordre religieux dans les affaires de l’Etat. Le terme a été appliqué à certaines tendances de l’islam, du judaïsme et de l’hindouisme ».


Le Larousse illustrée 2000 : « Attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom d’un respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ». Intégriste : « qui fait preuve d’intransigeance, d’un purisme excessif ».


L’origine de ce terme est espagnol ainsi que le rappelle Emile Poulat, historien et sociologue des religions : « Le terme est attesté pour la première fois en Espagne, à la fin 19e siècle : on désigne sous cet adjectif une branche minoritaire des carlistes, les partisans de l’infant Charles. Vers 1880, un certain Ramon Nocedal se détache de cette mouvance pour mener une politique qu’il veut déduite du Syllabus, le grand résumé des erreurs libérales promulgué par Pie IX en 1864 » (« Intégrisme : un terme qui vient de loin », sur le site Croire.com, lien).

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Published by Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens - dans le vocabulaire religieux
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