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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 00:00

Pierre-Jean Ruff, qui fut pasteur à la paroisse ERF de la Bastille, a publié un livre aux éditions Van Dieren en 1999 : Charles Wagner et le Foyer de l'Âme (Paris, coll. " Petite bibliothèque théologique " 96 pages). En voici la présentation par l'éditeur et l'introduction (sur le site de l'éditeur).

"La liberté est un bien inestimable… Sans elle, l'essentiel — l'amour, l'Évangile pour les croyants–, reste lettre morte" (Charles Wagner").

Sur la voie de cette quête de la liberté en vue de la Vie, Charles Wagner (1852-1918) reste une figure de proue. Outre la beauté et le relief de cette figure, il y a le message du protestantisme libéral qu'il porte profondément en lui : un agnosticisme religieux, mystique et exigeant, le souci de mettre l'Homme et non la Révélation ou l'Église au centre du destin de Dieu, l'assurance de l'amour de Dieu –qui garantit une fin bonne et un présent marqué du sceau de la lumière. Ce message est résumé dans la devise qu'il a proposée lors de l'inauguration du temple, "Le Foyer de l'Âme", qu'il a fondé en 1906 : "Ici on enseigne l'humanité". Voilà ce que dit chacune des pages de la vie de cet homme d'exception.

INTRODUCTION

Beaucoup aujourd'hui ne savent plus trop qui était Charles Wagner. On se rappelle qu'il fonda la paroisse du Foyer de l’Âme. On connaît aussi la petite rue parisienne qui lui est dédiée, même si l'on ne sait plus trop pour quel motif. Il y a une présentation admirable de la vie de Charles Wagner. Nous la devons à son gendre, Alfred Wautier d'Aygalliers. Je lui ferai de nombreux emprunts. Mais cet ouvrage est hélas épuisé et peu le connaissent. Il mérite d'autant plus de retenir l'attention qu'il offre des extraits nombreux et remarquables du journal de Charles Wagner. Or, là aussi hélas ! malgré de nombreuses recherches effectuées, ce journal est aujourd'hui introuvable.

Le temps passe et efface ce qui légitimement a marqué et fait vibrer d'autres époques. Les développements des sciences et les évolutions qu'elles suscitent font que les jeunes générations misent davantage sur l'apport des technologies nouvelles que sur la mémoire et la sagesse ancestrales. La vie moderne incite à tourner les pages plus vite que jadis, donc à vivre moins dans le souvenir. Il faut vivre avec son temps et les spécificités qui le caractérisent. Mais il ne faut pas refermer trop hâtivement les pages importantes du passé, celles qui alertent notre vigilance contre les forces de la nuit, comme celles qui ouvrent devant nous les portes de la noblesse et de la grandeur qui sont appel à la vie. Notre devise serait de ne pas nous réfugier dans le passé et de ne pas devenir les musées de la vie. Mais elle serait aussi de connaître et reconnaître résolument nos racines, ce d'où nous venons, ce qui nous permet aujourd'hui d'honorer notre condition d'homme et peut-être de croyant. Charles Wagner fut un homme d'exception.

De ces êtres, il en est dans chaque génération. Non seulement ils honorent la condition humaine, mais ils nous incitent tous à nous dépasser. Charles Wagner ne s'est jamais gargarisé de discours impressionnants sur la spiritualité et sur les grands sentiments. Avec la simplicité et la force de sa matrice rurale, il se borne à inviter à habiter notre humanité. Aussi dira-t-il qu'il y a quelque chose de plus rare qu'un grand homme : c'est un Homme. De même, lors de l'inauguration du Foyer de l'Âme, il résume curieusement toutes les belles paroles religieuses que l'on pourrait attendre en cette circonstance dans cette seule formule lapidaire : " Ici, on enseigne l'Humanité ". Nous reviendrons ultérieurement sur cette antienne du message de Charles Wagner.

Homme d'exception, il l'a été. Sa profonde sensibilité, sa simplicité et sa force paysanne sont les composantes d'une personnalité qui en impose par elle-même. Comme toutes les personnalités riches, Charles Wagner n'a pas été l'homme d'un seul engagement, mais d'une diversité d'engagements complémentaires : pasteur, penseur religieux, moraliste, écrivain et formateur de maîtres. Il savait faire vibrer plusieurs cordes de sa personnalité plutôt que d'être l'homme d'un seul sillon. Cette diversité n'avait d'égal que sa vision du monde nouveau auquel Dieu nous invite et de l'humanité qu'elle appelle. Aussi, dans une précédente et courte évocation de ce qu'il fut, l'ai-je présenté ainsi : une figure non conventionnelle mais marquante du protestantisme français. Voilà la belle et noble figure que je souhaite évoquer dans les pages qui suivent. Puissent son image et sa vigueur être aujourd'hui encore ferment d'humanité et de foi !

Le Foyer de l'Âme est l'enfant spirituel de Charles Wagner. Nous pourrions vénérer ce lieu, en mémoire seulement de celui qui en fut le père spirituel. S'il en était ainsi, Charles Wagner se sentirait trahi. Il n'y a pas de culte de la personnalité, mais seulement d'une parole ou d'un message spécifique. Selon le désir de son fondateur, le Foyer de l'Âme est un lieu religieux ou spirituel caractérisé par une parole libre sur le plan théologique, ainsi que par un accueil sans réserve à l'égard de toute personne en recherche spirituelle, quels que soient son passé et ses bagages. Le personnalisme spirituel, le non-dogmatisme, le non-ritualisme, le refus de la raison d'Eglise sont les corollaires d'une telle orientation initiale. En ce sens, au sein d'une Union d'Eglises comme au dehors, le Foyer de l'Âme a bien une vocation religieuse particulière, différenciée de celle de la grande majorité des Eglises. Pendant un siècle, comment le Foyer de l'Âme a-t-il répondu à cette vocation ? C'est ce à quoi nous allons essayer de répondre. L'histoire et les combats de Charles Wagner ; l'histoire et les combats du Foyer de l'Âme : tel est le projet de cet ouvrage.

L'auteur, Pierre-Jean Ruff, est membre honoraire de notre association, l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). En plus de sa réflexion sur le protestantisme libéral, il est connu pour ses écrits sur la spiritualité cathare (voir le Cahiers Michel Servet n° 7 qui a été présenté dans "Actualités unitariennes"). 

voir aussi :

Charles Wagner, L’Homme est une espérance de Dieu, Paris, Van Dieren, janvier 2007, Textes choisis et présentés par Anne Penesco et Geoffroy de Turchheim. Avant-propos de Patrick Chabanel. Paru le 27 janvier, au prix de 20 euros au secrétariat d'Evangile et Liberté, 4, rue de l’Oratoire, 75001 Paris.

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