Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Contacts

Jean-Claude Barbier, membre permanent du conseil d'administration de l'AFCU, adresse

Archives

21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 01:46

par Michel Jamet

Vers l'an environ à peu près 33 après lui-même, un certain Jésus mourait sans doute sur une croix, à Jérusalem : peine capitale romaine, l'homme ayant été livré aux Romains par les dirigeants du Temple. Il avait fondé un petit groupe de disciples à qui il avait, semble-t-il, donné un enseignement spirituel.
Ces disciples (et leurs propres disciples) ont ensuite relaté les faits et gestes du dénommé Jésus, accompagné d'une Bonne Nouvelle : la vie éternelle est à portée de main ... Jusque là, ils étaient à peu près tous d'accord, ainsi que sur certaines valeurs morales. Mais rapidement, le nouveau courant religieux se répandant, chaque communauté se mit à transmettre sa propre version de la Bonne Nouvelle. Tant et si bien qu'après quelques décennies, c'était la cacophonie la plus totale, chacun ayant son idée sur le message de Jésus : un tel insistant sur tel aspect, tel autre reliant le message à telle ancienne prophétie juive, à tel enseignement grec, ou à telle coutume égyptienne. Tel autre enfin élaborant un début de "christologie", c'est-à-dire de réflexion sur ce "sacré bonhomme" de Jésus, son rôle dans le plan divin, sa nature (humaine, divine ou les deux ?).

Différentes écoles virent le jour. Celle de Paul, en particulier, un ancien oppresseur de chrétiens devenu disciple lui-même après une vision au soleil, commençait à réunir les "assemblées" (en grec : ecclesia) autour d'une doctrine commune.
D'un autre côté, une école de chrétiens se rattachait à un courant plus ancien, diffus dans le monde judéo-hellénique (en particulier à Alexandrie, capitale intellectuelle du monde), celui de la Gnose :


Très grossièrement, ce courant de pensée affirme qu'il est possible à certains humains, en pratiquant une certaine discipline corporelle, intellectuelle et morale, d'accéder à la Connaissance (grec : gnôsis) de Dieu, de l'Absolu, de l'Origine de toutes choses.
Les gnostiques chrétiens affirmaient que Jésus était lui-même la Vérité divine, venue enseigner à un petit nombre le chemin de la Gnose. Bien sûr, il y eut aussi différents courants chez les gnostiques, qui n'ont jamais formé une organisation centralisée.


Or, une organisation centralisée, c'est justement ce qu'ont cherché à créer les tenants du courant "paulinien". Se calquant sur les divisions administratives de l'Empire romain, ces chrétiens-là tenaient plutôt (toujours très grossièrement) pour la doctrine suivante : Jésus est le fils de Dieu, le Messie attendu par Israël, il est venu sur la terre pour y mourir et racheter par sa souffrance les péchés de tous les hommes, à condition qu'ils croient en lui. Point-barre ...

On voit les énormes différences entre les deux courants, et on voit bien que les responsables de l'Ecclesia
ont rapidement compris que les gnostiques menaçaient leur autorité car prônant la possibilité individuelle et directe de parvenir à la Vérité, sans nécessaire intermédiation sacerdotale. L'Eglise (on peut l'appeler comme ça) a donc, dès le IIIème et surtout le début du IVème siècle, condamné la Gnose et défini un ensemble de textes "canoniques" comprenant quatre "Bonnes Nouvelles" (trois très "pauliniens" : Matthieu, Marc et Luc et, à titre de concession, un quatrième plus gnostique, celui de Jean), les Actes des Apôtres écrits par les mêmes groupes que l'Evangile de Luc, et surtout toutes les Lettres de Paul (et de certains autres) aux différentes Ecclesiae. On y rajoute une Apocalypse attribuée elle aussi à Jean.

Tous les autres textes ont été condamnés comme non canoniques
, et ont cessé assez rapidement d'être la source de pratique des communautés chrétiennes, même en Egypte où les gnostiques étaient les plus nombreux. Ces textes ont donc disparu. Tous ? Non ! Car quelques uns d'entre eux ont été redécouverts à notre époque, sauvés par le sable et la piété des anciens gnostiques qui les avaient dissimulés dans différents endroits inaccessibles. Ce sont les fameux "apocryphes"...

Je ne parlerai pas des apocryphes de l’Ancien Testament, qui ne nous concernent pas beaucoup ici. Ce sont eux aussi des textes religieux – mais du judaïsme – non retenus en général dans les recueils " officiels " des autorités juives. Certains nous sont parvenus par l’intermédiaire du christianisme. D’autres ont été découverts à Qumrân (les fameux " Manuscrits de la Mer Morte " de la secte des Esséniens).


Les textes apocryphes chrétiens constituent un ensemble de textes très disparates.


On y trouve des " Actes " : Actes d’André, d'André et Matthieu, d'André et Paul, d'André et Pierre, de Barnabé, de Jacques, de Jean, de Jean selon le Pseudo-Prochore, de Jean à Rome, de Marc, de Paul, de Philippe, de Pierre, de Pierre et des douze apôtres, de Pilate ou Evangile de Nicodème, Actes de Thaddée, de Thomas, de Timothée, de Tite.

Des " Apocalypses " (en grec : apocalypsis = révélation) : Apocalypse d'Esdras, d'Étienne, 1re Apocalypse de Jacques, 2e Apocalypse de Jacques, 1re Apocalypse de Jean, 2e Apocalypse de Jean, 3e Apocalypse de Jean, Apocalypse de Paul, de Pierre, de Sedrach .

Des " Evangiles " : Évangile arabe de Jean, Évangile arménien de l'Enfance, Évangile de Barnabas, Évangile de Gamaliel, de Judas, de Marie-Madeleine, de Philippe, de Pierre, du Pseudo-Matthieu, Évangile secret de Marc, Protévangile de Jacques, Histoire de l’enfance de Jésus ou Evangile de l’enfance selon Thomas…

Et différentes Epîtres, Histoires, Homélies, Odes, Livres, etc.

L'Evangile
de Thomas se trouve dans différentes traductions. On peut aussi la trouver sur le site Omalpha.com. Je préfère cependant celle de Jean-Yves Leloup, qui est abondamment commentée, parue aux éditions Albin Michel : Evangile de Thomas (disponible sur Amazone.fr). L'Evangile de Judas est un texte gnostique, fragmentaire et d'un abord assez difficile, mais l'édition qui en a été faite par le National Geographic, avec introduction, notes et explications de plusieurs spécialistes, rend tout ça abordable. Evangile de Judas. L'Evangile de Marie est aussi un texte gnostique, contenu dans un codex copte (égyptien) du III° siècle. Il a également été traduit par Leloup : Evangile de Marie, Evangile de Thomas (document word), Evangile de Judas : traduction française du document copte (document df), Evangile selon Marie (document html).

Je crois qu'on ne peut pas parler des gnostiques comme d'un "courant" mais plutôt comme un ensemble de sectes dont certaines vont concurrencer un temps le christianisme naissant. Je mettrai à part le manichéisme
qui, plus qu'une secte, a été une religion à part entière et que beaucoup de chercheurs considèrent comme faisant partie des Religions du Livre : Mani a été le seul finalement à opérer une jonction entre Jésus et Bouddha.

La publication très attendue des textes de Nag Hammadi (dans la Pléiade), publication dans une bonne traduction française et bien documentée (alors que les Anglo-saxons ont déjà accès à ces textes depuis plus de vingt ans !) va permettre de mieux connaître ces courants de pensée, aux cosmogonies étranges et complexes. Dans ce domaine comme dans d'autres il faut se méfier comme de la peste des traductions bricolées, ambiance "Da vinci code" ! En attendant il existe une très beau petit livre d'introduction sur les gnostiques, celui de Jacques Lacarrière.

Nouveau document en ligne avec : l'Evangile de Marie, l'Epître apocryphe de Jacques, l'Evangile de Philippe, l'Évangile de Pierre, le Protévangile de Jacques (Évangiles de la nativité et de l'enfance) suivi de l'évangile Alexandrin des Egyptiens, la Bible de Barnabé, l'évangile apocryphe de Barnabé (XIV° - XVI° siècles), l'Apocryphon de Jean.

Je voudrais aussi préciser que lors du procès de Jésus, il y avait un autre condamné, Barabbas, (Jésus de son prénom) le patronyme Barabbas signifiant " le fils du Père "... L'un était il le chef "spirituel", issu des esséniens, et l'autre le chef "terrestre" menant la guerre contre Rome et issu des pharisiens ? L'un aurait été libéré, l'autre crucifié, lequel ?

Sites intéressants mais "orientés" :
http://www.interbible.org/interBible/decou.../clb_030926.htm
http://sophie.md.chez-alice.fr/NouvOMond/biblioapo.htm


Le "Pléiade" des écrits gnostiques de Nag Hammadi est désormais disponible. Voilà le contenu de l'ouvrage : ÉCRITS GNOSTIQUES [2007]. Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et Paul-Hubert Poirier, trad. du copte par un collectif de traducteurs. Index établis par Éric Crégheur, 1920 pages, rel. peau, 105 x 170 mm. Collection Bibliothèque de la Pléiade (No 538), Gallimard -lvs. ISBN 9782070113330. Parution : 22-11-2007.

La bibliothèque de Nag Hammadi : Prière de l'apôtre Paul - Épître apocryphe de Jacques - Évangile de la vérité - Traité de la résurrection - Traité tripartite - Livre des secrets de Jean - Évangile selon Thomas - Évangile selon Philippe - L'Hypostase des archontes - Écrit sans titre - Exégèse de l'âme - Livre de Thomas - Livre sacré du Grand Esprit invisible - Eugnoste - Sagesse de Jésus Christ - Dialogue du Sauveur - Apocalypse de Paul - Deux apocalypses de Jacques - Apocalypse d'Adam - Actes de Pierre et des douze apôtres - Le Tonnerre, Intellect parfait - Enseignement d'autorité - L'entendement de notre Grande Puissance - Extrait de " La République " de Platon - L'Ogdoade et l'Ennéade - Prière d'action de grâces - Extrait du " Discours parfait " d'Hermès Trismégiste à Asclépius - Paraphrase de Sem - Deuxième traité du Grand Seth - Apocalypse de Pierre - Enseignements de Silvanos - Les Trois Stèles de Seth - Zostrien - Lettre de Pierre à Philippe - Melchisédek - Noréa - Témoignage véritable - Marsanès - Interprétation de la gnose - Exposé du mythe valentinien - Allogène - Hypsiphroné - Sentences de Sextus - Fragments de traités - Pensée Première à la triple forme. Manuscrit de Berlin 8502 : Évangile selon Marie - Acte de Pierre


Sinon deux "points de détail". La plupart des chercheurs s'accordent à penser que Jésus est mort le 7 avril 30, et non en 33. Cette date est la seule qui semble être en accord avec les calendriers des fêtes juives de l'époque. D'autre part quelques chercheurs américains émettent des doutes sur le fait que les écrits de Qumran aient été la bibliothèque des Esséniens. Leur hypothèse serait plutôt celle d'une cache qui aurait accueilli les livres du temple dans la peur de la profanation romaine.
 

Il faut éviter une erreur courante, c'est de donner aux mots "secte" et "religion" les acceptions qu'ils ont aujourd'hui. Le christianisme naissant a toujours été composé de multiples communautés aux pratiques différentes, aux textes de référence divers et aux croyances variées, mouvantes et évolutives. Ce n'est qu'après au moins deux siècles qu'une certaine norme s'est fait jour. Le "gnosticisme" est plus une composante qu'un ensemble de "sectes" coupées du reste du monde chrétien, et même les plus "orthodoxes" pauliniens pouvaient avoir des tendances gnostiques sur tel ou tel sujet, et refuser, par exemple, la cosmogonie valentinienne. Il s'agit plus, à mon sens, d'une des tendances interprétatives du message de Jésus, qui a fini par être isolée et éradiquée de l'Eglise naissante.

Les textes apocryphes de Nag Hammadi regroupent :


Codex I
(Codex Jung) : 1. Prière de l'apôtre Paul, 2. Le Livre Secret de Jacques, 3. L'Évangile de vérité, 4. Le Traité sur la résurrection, 5. Le Traité tripartite. Codex II : 6. Le Livre secret de Jean, 7. L'Évangile selon Thomas, 8. L'Évangile selon Philippe, 9. L'Hypostase des archontes, 10. Symphonia de l'hérésie 40 du Panarion d'Épiphane (écrit sans titre), 11. L'Exégèse de l'âme, 12. Le Livre de Thomas l'Athlète. Codex III : 13. Le Livre secret de Jean, 14. L'Évangile des Égyptiens, 15. Eugnoste le Bienheureux, 16. La Sophia de Jésus-Christ, 17. Le Dialogue du Sauveur. Codex IV : 18. Le Livre secret de Jean, 19. L'Évangile des Égyptiens. Codex V : 20. Eugnoste le Bienheureux, 21. L'Apocalypse de Paul, 22. L'Apocalypse de Jacques, 23. L'Apocalypse de Jacques, 24. L'Apocalypse d'Adam, 32. Fragment de l'Asclépius. Codex VI : 25. Les Actes de Pierre et des douze apôtres, 26. Le Tonnerre, intellect parfait, 27. Authentikos Logos, 28. Aisthesis dianoia noèma, 29. Passage paraphrasé de La République de Platon, 30. Discours sur l'ogdoade et l'ennéade, 31. La Prière d'action de grâces, 35. L'Apocalypse de Pierre, 36. Les Enseignements de Silouanos, 37. Les Trois Stèles de Seth. Codex VII : 33. La Paraphrase de Sem, 34. Le Second Traité du grand Seth. Codex VIII : 38. Zostrianos, 39. La Lettre de Pierre à Philippe. Codex IX : 40. Melchisedek, 41. La Pensée de Noréa, 42. Le Témoignage de la Vérité. Codex X : 43. Marsanès. Codex XI : 44. L'Interprétation de la connaissance, 45. Exposés valentiniens, 46. Révélations reçues par l'Allogène, 47. Hypsiphronè. Codex XII : 48. Les Sentences de Sextus, 49. Fragment central de l'Évangile de vérité, 50. Fragments non identifiés. Codex XIII : 51. La Protennoia trimorphe, 52. Fragment du 5e traité du Codex II.

Les textes
en rouge se trouvent en traduction française sur le site de l'Université Laval (Québec)

Partager cet article

Repost 0
Published by Michel Jamet - dans le vocabulaire religieux
commenter cet article

commentaires